Du béton fabriqué avec des farines animales

Par Bastien BONNEFOUS , le 07 février 2001 à 12h26 , mis à jour le 06 février 2001 à 13h00

La société privée Aédis propose de recycler une partie des 850 000 tonnes de farines carnées interdites à la consommation animale en les utilisant pour fabriquer des parpaings de béton phénolique. Une initiative originale mais étudiée avec une très grande prudence par le ministère de l'Environnement.

[Expiré] [Expiré] Farines animales dans un hangar © AFP

Que faire des 850 000 tonnes de farines carnées interdites dans l'alimentation animale depuis le 14 novembre dernier ? Pour l'instant, le gouvernement prévoit de les brûler. Depuis hier, une entreprise de capital-risque franco-luxembourgeoise, la société Aédis, propose d'en faire des parpaings de béton phénolique, des briques où les farines sont mélangées à des résines dérivées du pétrole.

150 000 tonnes de farines sont incinérées chaque année depuis 1997, avec un pic à 200 000 tonnes l'an passé. Normalement, en 2001, 450 000 tonnes devraient être détruites par diverses entreprises attirées par les subventions publiques variant de 400 francs à 1700 francs la tonne.

"Nous avons reçu deux avis d'experts selon lesquels
les garanties
du béton phénolique ne sont pas encore assez sûres".
Le ministère
de l'Environnement.

Normal donc que ces entreprises ne voient pas d'un très bon œil les défenseurs du béton phénolique, une technique vieille déjà d'une dizaine d'années mais qui n'a encore jamais réellement fait ses preuves. Au ministère de l'Environnement, où les services de Dominique Voynet surveille de très près ce procédé, le message est clair : "Nous ne sommes jamais contre une technique permettant de remplacer l'incinération par le recyclage", confie à tf1.fr un membre de la direction de la lutte contre les pollutions. "Mais nous venons de recevoir deux avis techniques de l'Adem (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) et du Centre technique du BTP, qui considèrent que les garanties du béton phénolique ne sont pas encore assez sûres pour en autoriser son développement".

Le béton phénolique est encore très mal vu dans le milieu du bâtiment en France : la présence d'un dérivé pétrolier en son sein fait craindre notamment des risques d'inflammation et d'émanations toxiques. Deux peurs balayées par Vincent Le Roy, le directeur général d'Aédis, qui présentait hier son nouveau procédé dans un centre d'expérimentation près d'Aix-en-Provence.

Du côté de la mission Proust, chargée par le gouvernement d'organiser la destruction de toutes les graisses et farines animales sur le territoire national, on reste également ouvert mais prudent. "Nous ne sommes pas hostiles par principe, commente la porte-parole de la mission à tf1.fr. Les solutions d'incinération que nous avons retenues pour l'instant ne couvrent que les deux tiers de la production à éliminer. Nous recherchons donc une solution originale pour le dernier tiers mais pour l'instant, la direction d'Aédis ne semble pas pressée de nous rencontrer".

Par Bastien BONNEFOUS le 07 février 2001 à 12:26
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