© INTERNELorsqu'il a annoncé jeudi dernier la création de Duet, Jean-Marie Messier tenait un discours plein de bonnes intentions. Grâce à cette société, qui gérera la distribution en ligne des catalogues de Sony et Vivendi-Universal, il apportait une réponse à Napster, au piratage, et respectait les artistes. "Nous nous sentons une vraie responsabilité vis-à-vis des artistes et nous ne transigerons pas sur le respect des droits d'auteurs. C'est un préalable absolu", expliquait dans La Tribune le PDG de Vivendi-Universal. Mais au sein même du milieu de la musique, ce discours et ce projet sont loin de faire l'unanimité. Et l'on se rend compte que Duet fait bien plus peur à certains que Napster.
Diversité musicale
"En exagérant un brin, si ça continue comme ça, demain la musique, c'est Duet" |
Car si les droits d'auteurs sont un principe à défendre, la diversité musicale en est une autre. C'est à ce propos que l'association des deux géants inquiète les maisons de disques indépendantes, qui ont expliqué à tf1.fr qu'elles comptaient en référer aux autorités de régulation européennes. "En exagérant un brin, si ça continue comme ça, demain la musique, c'est Duet", affirme Stéphane Bourdoiseau, PDG de Wagram et vice-président de l'UPFI (Union des producteurs français indépendants), qui estime que la situation née de cette association ne respecte pas les limites posées par Bruxelles en termes de concurrence. "Ce qui se passe, c'est qu'un seul acteur va avoir la main sur 50% de la distribution de la musique dématérialisée. Soit une position suffisamment dominante pour ne plus permettre au marché de fonctionner libéralement".
La production et la diffusion entre les mêmes mains
"Si elles veulent vendre, les maisons indépendantes risquent d'être obligés de passer par Duet, qui fixera ses conditions" |
Ce qui pose problème aux indépendants n'est pas tant la "fusion" des deux catalogues que "l'intégration verticale", explique Rémi Bouton de Naïve (Muse, Mirwaïs, Pink Martini…) : "Vu que Vivendi-Universal contrôle aussi les tuyaux (les moyens de diffusion, de vente et de promotion – ndlr), il nous mettent dos au mur. Si elles veulent vendre, les maisons indépendantes risquent d'être obligés de passer par Duet, qui fixera ses conditions", craint-il. Un peu comme si la Fnac était le seul magasin de disques existant et que Vivendi-Universal en était propriétaire.
"Au final, avec Duet d'un côté, AOL/Time Warner de l'autre, et enfin Bertelsmann/Napster, trois acteurs vont dominer à la fois la production et la diffusion de la musique", résume Stéphane Bourdoiseau. Avant d'exprimer sa confiance en l'Union européenne: "A chaque fois qu'un marché a été bloqué, les autorités de régulation ont réagi et ont été efficaces". L'UPFI et Impala (son équivalent européen) comptent donc bien porter la question à Bruxelles. Afin d'éviter que le marché de la musique ne devienne un oligopole.
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