24 heures pour sauver l'agriculture européenne

Par Franck LEFEBVRE , le 26 février 2001 à 10h05 , mis à jour le 25 février 2001 à 13h51

La première journée de discussion des ministres européens de l'Agriculture, entamée au milieu des manifestations de milliers d'éleveurs en colère, s'est achevée sur un constat d'échec. Les Quinze n'ont pas pu se mettre d'accord sur les mesures à prendre face à la crise de la "vache folle". Il leur reste une journée pour trouver des solutions.

agriculture peche manif bruxelles 3 © INTERNE

Pétards des manifestants contre canons à eau des policiers anti-émeute : rarement sommet agricole aura été aussi tendu. Lundi après-midi, à Bruxelles, plusieurs centaines d'agriculteurs ont fait face aux forces de l'ordre belges qui les empêchaient de se rendre devant l’immeuble où devaient se réunir les ministres européens de l'Agriculture. Les manifestants, venus en tracteur de plusieurs régions de Belgique, ont été bloqués à environ 200 mètres du bâtiment du Conseil européen. Certains arboraient des Tee-shirts sur lesquels on pouvait lire, en flamand : "Nous allons être abattus". Un peu plus loin, des milliers d'éleveurs placés au bord de la faillite par la crise de la "vache folle" avaient entrepris le blocus du quartier européen de la ville. A la frontière franco-belge, des éleveurs des deux pays ont aussi bloqué des autoroutes. Et à Strasbourg, 500 agriculteurs ont fermé le Pont de l'Europe à l'aide de cinquante tracteurs...

Un sommet sous haute tension


Les agriculteurs dans les rues
de Bruxelles
Autant d'indices d'une crise profonde. L'agriculture européenne va mal. Et beaucoup dans la profession attendent des mesures d'urgence de la part des pouvoirs publics. Mais les Quinze ont le plus grand mal à parler d'une seule voix. En témoigne l'échec patent, lundi soir, de la première journée de discussion. Les ministres de l'Agriculture ont échoué dans leurs tentatives de parvenir à un accord sur les mesures à prendre pour enrayer la crise de la vache folle. Aucune majorité qualifiée n'a pu se dégager au sein du Conseil des ministres en raison des profondes divergences entre les Etats membres sur les mesures susceptibles d'enrayer la crise de la filière bovine.

Au sein du concert discordant des Quinze, ce sont les positions française et allemande qui paraissent les plus irréconciliables. Ainsi, c'est au nom des "milliers d'exploitants en Europe" au bord de la faillite que le ministre français Jean Glavany s'est présenté au Conseil agricole. En pleine campagne pour les élections municipales, la France voudrait arracher à ses partenaires des aides directes "ciblées" pour les éleveurs les plus touchés. Elle estime leur nombre à près de 40.000 rien qu'en France, alors que la consommation de viande bovine a diminué de près de 30% en Europe et que les exportations se sont effondrées. S'adressant indirectement à ceux qui affirment, Allemands en tête, que le budget européen ne peut financer de telles mesures, Jean Glavany a appelé l'UE au devoir de "solidarité".

Un plan qui fait fleurir les critiques


Les tracteurs partant faire le siège
du quartier européen de Bruxelles

Mais de son côté, la ministre allemande de l'Agriculture, l'écologiste Renate Kuenast, a expliqué que les priorités de son pays étaient bien différentes des préoccupations françaises. Selon elle, il faut d'abord remettre à plat le système de primes lié à la politique agricole commune afin d'encourager un élevage "moins productiviste". Une autre pierre dans le jardin des Français qui réclament l'instauration immédiate de primes à la destruction des jeunes veaux afin d'assainir durablement le marché. Mme Kuenast a aussi rappelé l'opposition de Berlin à toute mesure d'abattage supplémentaire, un des 7 points d'un plan de la Commission européenne discutée lundi par les ministres. Un plan qui a réussi à faire l’unanimité contre lui, certains des Etats membres le trouvant trop audacieux et d'autres pas assez contraignant... Seule certitude : les 250 millions d'euros qui restent actuellement dans les caisses de l'UE ne suffiront pas face à l'ampleur de la crise.
Par Franck LEFEBVRE le 26 février 2001 à 10:05
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