Retraites : la rencontre de la dernière chance

Par , le 09 février 2001 à 17h43 , mis à jour le 08 février 2001 à 18h27

Syndicats et patronat sont de nouveau en pleine discussion, depuis 15 heures, afin de trouver un terrain d'entente sur le dossier des retraites complémentaires. En cas d'échec, l'Etat devrait se saisir du problème. Mais les personnes qui partiront à la retraite à partir du 1er avril pourraient avoir une mauvaise surprise.

Pour un avenir des retraites © INTERNE

Dernier acte des négociations sur les retraites complémentaires aujourd’hui. Deux semaines après la manifestation du secteur privé qui a rassemblé plusieurs centaines milliers de personnes à travers toute la France, les partenaires sociaux se retrouvent ce matin au siège du Medef pour tenter de trouver une solution au blocage actuel. Depuis le 1er janvier 2001, le système qui régissait les retraites complémentaires est caduc et les entreprises, comme l’a rappelé à bon escient Ernest-Antoine Seillière, ne sont plus tenues de payer leurs cotisations auprès de l’ASF. Ce dernier permet aux retraités qui souhaitent partir à 60 ans de toucher leur retraite à taux plein jusqu’à 65 ans, âge auquel on prenait sa retraite avant la réforme de 1983.

Une personne de 60 ans
qui aurait
du percevoir
une retraite complémentaire mensuelle de 4000 francs, devra se contenter de 3120 francs.

L’ASF semble avoir la trésorerie pour garantir le juste paiement des retraites jusqu’à la fin de mois d’avril mais après… Toutes complémentaires soient-elles, les retraites versées par l’ARRCO et l’AGIRC, respectivement caisses des salariés et des cadres, n’en représentent pas moins 60% de ce que touchent en tout les retraités français. Si syndicats et patronats ne trouvent pas un terrain d’entente aujourd’hui, ceux qui sont déjà inactifs continueront à recevoir leurs pensions normalement. Ceux en revanche qui souhaitent cesser leur activité à partir du 1er avril prennent le risque de se priver d’une partie de leurs revenus. L’AGIRC a d’ailleurs prévenu ses cotisants : un abattement de 22% pourrait être retenu. Concrètement, une personne de 60 ans qui aurait du percevoir une retraite complémentaire mensuelle de 4000 francs, devra se contenter de 3120 francs, soit un manque à gagner de 10 560 francs par an.

L'Etat ne devrait pas se substituer au paristarisme

Des deux régimes complémentaires, c’est celui des cadres qui pourrait le plus rapidement faire

"J'y vais
avec l'espoir d'aboutir. J'aurais
pu dire
volonté mais
je préfère
parler d'espoir",
Bernard Devy (FO)

banqueroute. Dans une situation financière structurellement plus difficile que l’ARCCO, elle serait en mesure de payer normalement les retraites complémentaires jusqu’en juillet, l’ARRCO, jusqu’à fin septembre. Ce sont quelque 1,3 millions de personnes qui dépendent du régime de l’AGIRC et 8,8 millions de celui de l’ARRCO.

L’un comme l’autre régime ne semble cependant guère s’émouvoir de la menace qui pèse sur eux. " Dans le pire des cas, c’est le gouvernement qui se saisira du dossier et même s’il ne légifère pas à tant, les nouvelles mesures seront rétroactives ", estime-t-on à l’AGIRC. On peut supposer que les " nouveaux retraités " n’auront été que temporairement floués. " Ce serait en revanche un échec pour la refondation sociale ", a estimé Bernard Devy de Force Ouvrière.

Côté syndical et patronal, on fait montre de bonne volonté et on assure que si l’on se rend à cette énième séance de négociations, c’est " pour négocier sinon on reste chez soi ", a déclaré Jean-Marie Toulisse, négociateur pour la CFDT. Sans trop y croire toutefois : "J'y vais avec l'espoir d'aboutir. J'aurais pu dire volonté mais je préfère parler d'espoir", estime Bernard Devy. Le principal point d'achoppement des négociations devrait être le maintien de la durée de cotisation à 40 annuités alors que le Medef souhaite progressivement l'étendre à 45 ans. Dans l'hypothèse d'un échec des négociations, l'Etat devrait se saisir du dossier. "Mais je crois qu'il devrait réfléchir à la façon dont il règlera la question. Une solution provisoire serait la meilleur pour permettre une éventuelle reprise des négociations par la suite avec le Medef", envisage Bernard Devy. En jeu, la survie du paritarisme.

Par Sophie Lutrand le 09 février 2001 à 17:43
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