"Révélation$" sur un scandale financier

Par , le 27 février 2001 à 15h19 , mis à jour le 26 février 2001 à 16h11

"Révélation$", le nouveau livre de Denis Robert écrit en collaboration avec un ancien cadre bancaire luxembourgeois, dénonce l'existence de comptes bancaires sinon occultes, en tout cas dissimulés par l'organisme Cedel.

banque coffre fort © INTERNE

Denis Robert, l’homme par qui le scandale arrive. Ancien journaliste à Libération, l'auteur de " Pendant les affaires, les affaires continuent " et de " La Justice ou le Chaos " sort son troisième livre fruit de deux ans d'enquête avec un ancien cadre bancaire luxembourgeois : " Révélations " aux éditions Les Arènes.

Selon l’expression employée par certains, le Cedel serait " la plus grande lessiveuse d’argent sale au monde. L’affaire concerne une structure luxembourgeoise, le Cedel (Centrale de livraisons des valeurs mobilières), rebaptisé Clearstream, qui gère chaque année quelque chose comme 47 fois le budget annuel de la France, soit 10 trillions d’euros. Cet organisme bancaire, créé en 1970, est suspecté d’héberger des milliers de comptes secrets par lesquels auraient transité des sommes énormes, de manière illégale. " Le Cedel est une association de banques venues du monde entier qui ont décidé de se regrouper pour faciliter les achats et ventes de titres, grâce à une centralisation en un même lieu, le Luxembourg ", écrit le Figaro qui consacre deux pages à ce sujet dans son édition d’aujourd’hui.

Pour faire simple, dans une affaire qui ne l’est pas, le Cedel permet aux banques d’ouvrir des comptes que l’on appelle " comptes publiés ". En marge de ceux-ci, les banques, à condition d’avoir des comptes officiels, peuvent ouvrir des comptes dits " non publiés ". Le système informatique, extrêmement élaboré, a été conçu par Ernest Backes. Licencié en 1983, il a depuis rassemblé des milliers de documents et mené son enquête, avec Denis Robert, sur les dérives de cet organisme.

57 comptes "non publiés" pour la France

Le Cedel, rebaptisé Clearstream, gère chaque année quelque chose comme
47 fois le
budget annuel
de la France.

La condition pour ouvrir un de ces comptes secrets : avoir un compte publié et être un établissement bancaire. " Des contacts à l’intérieur de la maison m’ont informé que des centaines de comptes non publiés étaient ouverts en totale irrégularité ", explique Ernest Backes au Figaro. Parmi ces comptes, celui de la banque russe Menatep, impliquée dans le scandale du Kremlingate (10 milliards de dollars prêtés par le Fonds monétaire international auraient été détournés vers des paradis fiscaux).

La France compte 57 comptes non publiés : 5 détenus par le Crédit Lyonnais, 5 autres par Paribas, 3 par la Société générale, 2 par la filiale parisienne de la banque japonaise Nomura, 2 par Indosuez, un par la caisse centrale des banques populaires et un autre par le Crédit Agricole. Pour ces établissements bancaires, qui comptent tous des comptes publiés, rien d’illégal même si la révélation, grâce aux microfiches informatiques des mouvements financiers, pourrait être intéressante. En revanche, des entreprises françaises comme Accor Wagon Lits possèdent également un compte. La Banque de France aussi, selon le livre de Denis Robert, mis à la disposition de la DGSE. Mais c'est notamment sur ce point que l'enquête est attaquée car, après vérification, DGSE ne correspondrait en rien au service secret français mais la direction générale des services extérieurs, une émanation de la Banque de France.

L’actuelle direction n’a pas souhaité s’exprimer. " Révélations " pourrait rapidement faire le bonheur des juges. Le président de la mission d'information parlementaire sur le blanchiment, Vincent Peillon (PS), a déjà convoqué les auteurs du livre. Le journaliste français Denis Robert et le financier luxembourgeois Ernest Backes devraient être entendus lors d'une audition publique d'ici fin mars, a précisé M. Peillon mardi. Le député a expliqué qu'il souhaitait leur demander "précisément quelles sont les preuves de leurs allégations". "On peut leur demander de nous montrer les microfiches" recelant les informations à la base de leur enquête, a dit M. Peillon.

Par Sophie Lutrand le 27 février 2001 à 15:19
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