Turquie : dispute au sommet, flottement de la monnaie

Par Léonard VINCENT , le 23 février 2001 à 15h28 , mis à jour le 22 février 2001 à 15h48

Après que le président et le Premier ministre eurent échangé des mots doux, lundi, en pleine réunion au sommet, une grave crise financière a ébranlé l'édifice financier de la Turquie. La monnaie turque a quitté son taux de change fixe et flotte désormais librement. Une crise ressentie jusqu'à Moscou.

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Depuis ce coup d'éclat — qu'Ankara s'efforce de faire passer pour un coup de tête depuis —, la Turquie est entrée dans une zone de turbulences.

Tout a commencé lundi, après une entrevue avortée entre le président turc Ahmet Necdet Sezer et le Premier ministre Bulent Ecevit. En désaccord sur la lutte à mener contre la corruption, les deux hommes se sont verbalement affrontés en pleine réunion, Bulent Ecevit accusant le président de l'avoir "sermonné en des termes bafouant les règles de la politesse et le tradition de l'Etat". Après avoir quitté la salle avec ses ministres, l'ombrageux chef de gouvernement évoquait une "grave crise" à la tête de l'Etat. Depuis ce coup d'éclat — qu'Ankara s'efforce de faire passer pour un coup de tête depuis —, la Turquie est entrée dans une zone de turbulences.

Près de 5 milliards de dollars sont alors immédiatement sortis du pays. En outre, il n'a alors fallu que quelques minutes pour que la Bourse d'Istanbul plonge d'environ 11%, pour atteindre un niveau historique de chute de 14,6%, en clôture. Mardi, l'indice remontait à peine et la quasi-totalité des capitaux étaient rapatriés au pays. Le Premier ministre faisait comprendre aux Turcs que son gouvernement ne démissionnerait pas, malgré ses divergences avec le président.

Panique dans le sillage des banques publiques

Mais, mercredi, la panique a gagné les marchés, lorsqu'il s'est avéré que la Halkbank, l'une des grandes banques publiques, n'avait pas pu faire face à ses obligations de paiement la veille, en raison d'un manque de liquidités. "Au final, Halkbank a honoré ses engagements dans la journée de mercredi, mais il reste à voir si elle le fera ce soir", soulignait le lendemain, inquiet, un analyste bancaire. Le soir même, la Bourse d'Istanbul clôturait en baisse de 18%. Les taux d'intérêts au jour le jour étaient de 4.000%.

Mercredi, Prague perdait 2,34%, Varsovie 2,36%, Budapest 3,55%.

A Moscou, les investisseurs craignant alors la contagion, crispait un peu plus le climat et l'indice russe RTS cédait 7,87%. Le marché de Moscou a plongé "en chute libre, avec une vraie panique", a raconté un analyste de la maison de courtage NiKoil. L'onde de choc se faisait ressentir dans d'autres pays de l'Est, avec une plus faible ampleur en raison de la meilleure intégration européenne des pays concernés. Prague perdait 2,34%, Varsovie 2,36%, Budapest 3,55%. "La crise turque a un impact d'autant plus sensible que la Russie est dans la même catégorie de risque que la Turquie", relevait Eric Kraus, de NiKoil.

Monnaie qui flotte, confiance qui revient

Estimant la crise politique passée, le gouvernement de Bulent Ecevit s'efforce depuis de maîtriser la tempête que le Premier ministre a fait naître. Jeudi, la Turquie a abandonné son système de taux de change fixe et ouvert et la voie à une dévaluation de la livre. Aussitôt, la monnaie turque a perdu 21,7% par rapport au dollar, alors que la Bourse, de son côté, retrouvait un indice positif, à 9,8% en fin de séance. Le responsable du FMI pour la Turquie est alors retourné précipitamment à Ankara, le Fond monétaire international étant le grand maître d'œuvre des réformes économiques du gouvernement, appuyé par un crédit de 11,5 milliards de dollars depuis décembre 1999. La crise de nerfs de MM. Ecevit et Sezer aura intensément fait vibrer la finance, d'Ankara à Saint-Petersbourg.

Par Léonard VINCENT le 23 février 2001 à 15:28
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