Djamila, le visage de l'économie solidaire

Par , le 08 mars 2001 à 18h36 , mis à jour le 07 mars 2001 à 19h51

Le secrétariat d'Etat à l'Economie solidaire a bientôt un an. Mais l'économie solidaire c'est quoi ? Scop Femmes actives, une coopérative un peu particulière a redonné du travail à 6 femmes. Elles ont reçu hier le premier prix de l'initiative de l'économie solidaire au féminin.

Djemila Maïni présidente scop femmes actives © INTERNE

Djamila Maïni est fière du prix que le secrétaire d'Etat à l'Economie solidaire lui a remis hier après-midi. Fière pour ses collègues, pour le chemin parcouru depuis près de sept ans. Quelques heures avant la cérémonie organisée par Guy Hascoët pour récompenser "l'initiative de l'économie solidaire au féminin", les sept salariées de "Scop Femmes actives" s'agitent dans leur local de la cité des Francsmoisins à Saint-Denis. Il faut mettre les bouchées doubles pour finir les costumes de théâtre qu'elles doivent livrer le lendemain, se changer et filer toutes ensemble dans les salons du ministère.


Six femmes travaillent à plein temps-

La société coopérative de production Femmes actives a un peu moins de trois ans et s'est spécialisée dans le traitement de linge, la confection, la décoration et aujourd'hui la restauration. En 1994, bardée d'une maîtrise de français langue étrangère, mais sans emploi, Djamila Maïna, son mari et une amie créent l'association Femmes actives dans un quartier réputé "difficile" de Saint-Denis dans la région parisienne. Objectif : faire accéder les femmes du quartier à un emploi non précaire quand, faute de qualification, on ne leur propose que des petits boulots, parfois au noir, souvent mal payés. "Quand vous demandez à une de ces femmes ce qu'elles savent faire, elles répondent 'rien'. Majoritairement d'origine étrangère, elles n'ont plus de repères en France. En fait, elles savent faire des tas de choses", raconte la jeune kabyle.

50% des femmes passées par l'association ont retrouvé du travail

Le sort de ces femmes, elle le connaît bien. Lorsqu'elle est arrivée en France en 1971 avec sa mère pour rejoindre son père, elle ne parlait pas un mot de français. Mais grâce au système scolaire, elle apprend vite, sa mère non. Le père de famille tombe malade, la mère doit chercher du travail. A une époque où la main-d'œuvre manquait, elle en trouve facilement. Quelques années plus tard, le chômage partant en flèche, elle se retrouve sans emploi. Ne sachant ni lire ni écrire, même les postes de femme de ménage lui sont fermés.


La coopérative réalise des costumes
de théâtre, des déguisements
...

En 1994, Djemila donne des cours de français aux femmes de l'association, un accompagnement social mais aussi des cours de tricot, "J'avais suivi une formation chez Singer. Il s'agissait de leur donner une première formation qu'elle pourrait faire valoir auprès d'un employeur". En 4 ans, près de 500 femmes passent par l'association Femmes actives. La moitié trouve un emploi et 6 anciennes stagiaires deviennent formatrices à leur tour.
 
Des costumes pour Philippe Découflé

 

Quelques chiffres en 2000

- 1500 Sociétés coopératives
de Production en France

- 15 milliards de francs
de chiffre d'affaires

- 1400 emplois créés en 2000
- capital social = 25 000 francs
- Un salarié = une voix

 

 
En 1998, Djamila Maïni décide de franchir un nouveau cap en créant une entreprise coopérative. "C'est la structure que les femmes connaissent le mieux. Elles viennent d'un milieu paysan, que ce soit d'Afrique ou de France", explique Djemila. Elle démarche les entreprises pour savoir s'il existe un marché pour la tapisserie, la couture et le textile d'ameublement et se lance. Six personnes laissent au mieux des contrats précaires, au pire le chômage pour signer des CDI. Six mois plus tard, elles

Le gouvernement étudie actuellement un projet de société coopérative d'intérêt collectif (SCIC) qui "laisserait la possibilité aux gens en interne d'évoluer à leur rythme tout en permettant à la structure d'obtenir des contrats aidés par l'Etat" et de "mutualiser les moyens de plusieurs entreprises au niveau régional, avec la mise en place de formations adaptées ou d'études de marché".

font des costumes pour le spectacle de Philippe Découflé à l'occasion du mondial de football qui se déroule à quelques centaines de mètres de leur cité. Les comédiens avaient également besoin de repas. Scop Femmes actives relève le défi et réalise 5200 repas pendant un mois et demi. L'activité de restauration représente aujourd'hui la moitié de leur chiffre d'affaires (environ 900 000 francs en 2000, dont 30% de subventions).

Mais joindre les deux bouts n'est pas toujours facile et le prix remis par Guy Hascoët tombe à pile pour remonter le moral des troupes. "Le prix ? Je ne sais pas. Un voyage à Porto Allegre pour le deuxième forum social mondial et un autre au Québec ? Ah bon, il va falloir que j'aille là-bas ?", s'étonne Djemila Maïni. "Non mais c'est bien. Il faut faire connaître ces initiatives, c'est un combat qu'il faut gagner".

 

Scop Femmes Actives
7, allées Antoine de Saint-Exupéry
93 300 Saint-Denis
01.42.43.29.99

Photo d'ouverture : Djamila Maïni, directrice de Scop Femmes Actives

Retrouvez le dossier "Journée de la femme" réalisé par Plurielles

Par Sophie Lutrand le 08 mars 2001 à 18:36
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