© INTERNEEn France, personne ne dispose pour l’heure de chiffres ni même d’évaluations du coût de la fièvre aphteuse, que ce soit pour l’Etat, pour les éleveurs ou pour le reste de l’économie. Une cellule de crise a été mise en place au ministère de l’Agriculture ; travaillant dans l’urgence, elle se contente pour l’heure d’essayer d’établir une estimation du nombre d’animaux qui devront être ou ont déjà été abattus, et de dresser une carte précise des zones où ont été localisés les cas suspects. Pour les conséquences financières, on verra plus tard. Mais si une estimation globale est difficile, il est d’ores et déjà possible de faire un rapide tour d’horizon des secteurs concernés. Et de risquer quelques comparaisons.
Pour avoir un ordre d’idée, en Grande-Bretagne, touchée depuis deux semaines, on estime aujourd’hui que l’addition s’élève à près de 50 millions de livres (80 millions d'euros) par semaine pour les éleveurs. Pour l'ensemble de l'économie, le coût de la fièvre aphteuse pourrait atteindre 2,6 milliards de livres (4,1 milliards d'euros). En France, même si aucun cas avéré de fièvre aphteuse n’a encore été signalé, les conséquences devraient être proches. A court terme, elles tiennent essentiellement à la suspension des exportations, à l'abattage de dizaines de milliers d'animaux et à la dévaluation des stocks d'animaux vivants. A moyen terme, il faudra aussi évaluer la perte d’image et la perte de marchés que d’autres pays pourraient investir, et la baisse globale de la consommation de la part d’acheteurs rendus méfiants par les crises alimentaires à répétition.
- L’indemnisation des éleveurs
- Les exportations
- La perte de confiance des consommateurs
- Le surstockage
Le ministère de l’Agriculture a ordonné l’abattage de 50.000 animaux suspects. Le gouvernement prévoit d'indemniser les éleveurs à hauteur de 500 F par ovin et de 5.000 F par bovin. Entre 25 millions et 250 millions d’indemnités, la fourchette est large… A ce coût pour l’Etat, il faudra aussi ajouter les frais vétérinaires supplémentaires, le prix nécessaire pour brûler toutes les carcasses. Mais déjà, les syndicats agricoles concernés s’élèvent contre l’insuffisance des indemnités proposées. Autre problème : les aides déjà accordées par le gouvernement aux éleveurs victimes de l’ESB ont été plafonnées à 30.000 francs par exploitation (et jusqu’à 100.000 francs pour les engraisseurs). En sera-t-il de même pour ceux dont le cheptel aura été décimé pour lutter contre la fièvre aphteuse ? Enfin, dans le cas de la vache folle, le gouvernement prévoit également des indemnisations spécifiques pour les salariés de la filière bovine touchés par le chômage partiel. Faudra-t-il étendre ce système aux éleveurs contraints au chômage partiel pour cause de lutte contre la fièvre aphteuse ?
Actuellement, les exportations d'espèces sensibles sont suspendues pendant quinze jours. Or, la filière viande est encore frappée de plein fouet par la crise de la vache folle. En 2000, la France a exporté environ 2.482.000 animaux vivants (bovins, ovins et porcs), représentant 8,4 milliards de francs (1,28 milliard d'euros). Mais ces exportations, en novembre, avaient déjà baissé de 35,2% par rapport à novembre 1999, pour cause d’ESB. Les mesures de précaution du gouvernement ne peuvent qu’accentuer la tendance.
Avec la crise de la vache folle, la consommation de viande bovine a baissé de 25% en France. Liée à d’autres crises alimentaires (comme, en Grande-Bretagne, la fièvre porcine ou la présence de salmonelles dans de nombreuses carcasses de porcs), elle tend à jeter le discrédit sur toute la filière viande : globalement, les achats de viande sont en diminution… ce qui devrait être encore aggravé par la hausse des prix de la viande. Il faudra sans doute des années pour reconquérir la confiance des consommateurs – à moins qu’ils ne se tournent vers d’autres viandes jugées plus sûres : l'Union fédérale des consommateurs (UFC Que Choisir?) invite déjà les consommateurs à acheter de préférence de l'agneau provenant de Nouvelle-Zélande, pays indemne de la fièvre aphteuse.
Avec la baisse des exportations et de la consommation, les éleveurs ne peuvent vendre leur production. Or, beaucoup attendaient que la crise de la vache folle soit passée et avaient déjà gardé leurs bêtes. Au niveau européen, à la fin de l'année, les stocks de viande bovine pourraient atteindre 800.000 tonnes. Et, à la fin 2003, si la consommation ne baissait que de 12%, on attendrait les 2,3 millions de tonnes, alors que les stocks n'étaient fin 2000 que de 10.000 tonnes. Un surstockage extrêmement préjudiciable à la filière…
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