© INTERNETf1 .fr : Quels sont les risques pour l’environnement des mesures prises pour lutter contre la fièvre aphteuse ?
Jean-Pierre Edin :
Les mesures prises pour détruire les troupeaux sont de trois ordres : l’enfouissement sur place avec chaulage ; les bûchers ; et l’envoi dans une usine d’équarrissage – c’est particulièrement le cas de l’Ile-de-France.En ce qui concerne les bûchers, on s’est aperçu que les feux ont été allumés à l’aide de traverses de chemin de fer usagées, qui contiennent de la créosote, un insecticide et fongicide dont l’usage est très fortement restreint et dont la combustion à l’air libre est interdite par arrêté ministériel depuis 1997. On a pu observer cela notamment dans le cas du bûcher de l’aérodrome de Bondues, dans le Nord. La créosote (1)
, en brûlant, libère des agents toxiques qui sont les phénols, les crésols, de l’arsenic, et des hydrocarbures polycycliques aromatiques. Ces produits se retrouvent à la fois dans l’air et dans le sol (2) . D’où possibilité de pollution des nappes phréatiques. De plus, on utilise pour ces bûchers des pneus et du fioul – d’où, là aussi, pollution atmosphérique et des sols."Le remède est pire que le mal"
En ce qui concerne l’enfouissement et le chaulage des animaux suspects, il y a risque direct de pollution des nappes phréatiques. La putréfaction des carcasses dans les sols est évidemment propice au développement d’agents infectieux – par exemple des salmonelles.
Enfin, pour ce qui est des sites d’équarrissage, ils sont surchargés, depuis plusieurs années. Cela provient en partie de la crise de la vache folle – et plus particulièrement du programme d’abattage des bovins de plus de trente mois qui est entré en vigueur depuis le 1er janvier (3) . Cela provient aussi de la restructuration de l’industrie de l’équarrissage, qui date d’une dizaine d’années, et dont la conséquence a été une forte concentration. Il n’y a en France que 11 sites consacrés aux hauts risques, qui sont tous surchargés. Leurs installations de traitement des effluents – et particulièrement des effluents liquides – sont, lorsqu’elles existent, insuffisantes. Elles laissent passer beaucoup d’agents infectieux. On a, au cours des dernières années, de nombreux exemples de pollution de rivières par des sites d’équarrissage, avec mortalité de poissons, voire de bovins qui auraient consommé de cette eau.
Tf1 .fr : Y a-t-il d’autres moyens d’éviter la fièvre aphteuse ? Certains éleveurs réclament un retour de la vaccination…
Jean-Pierre Edin :
Actuellement, le remède est pire que le mal. Il y a déjà eu 50.000 animaux abattus. Pour la vaccination (4) , la question s’est déjà posée en 1996, en Albanie. Sur demande insistante de l’Union européenne, l’Albanie a procédé à un programme de vaccination, qui a permis de résorber l’épidémie, et auquel a participé le Cneva, le Centre national d’études vétérinaires et alimentaires. En 2001 en France, la solution ne paraît pas devoir être mise en application.Photo d'ouverture : AFP
_________________________________________________________________
(1)
La créosote est un produit utilisé pour éviter le pourrissement du bois, en particulier pour éviter la prolifération de champignons.(2) Sur la toxicité de ces divers produits, voir la bibliographie publiée par l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (INERIS)
(3) Voir la présentation des mesures prises en France en application du dispositif voté par les ministres européens de l'Agriculture le 4 décembre 2000
(4)
De nombreux agriculteurs s'interrogent sur l'opportunité d'un retour à la vaccination préventive contre la fièvre aphteuse, mesure abandonnée en 1992. Mais une telle décision risquerait de mettre l'Europe en position de ne plus pouvoir exporter son bétail. Seuls les pays qui ne vaccinent pas sont déclarés indemnes de la maladie et peuvent en conséquence exporter vers des pays comme les Etats-Unis, qui n'acceptent pas d'animaux vaccinés.Voir notre article "Pourquoi n'utilise-t-on pas le vaccin de la fièvre aphteuse ?"
Retour MYTF1
Chargement en cours...




