Fièvre aphteuse : faut-il vacciner ?

Par Franck LEFEBVRE , le 15 mars 2001 à 00h00 , mis à jour le 15 mars 2001 à 00h20

Les éleveurs sont de plus en plus nombreux à réclamer la mise en place d'une campagne de vaccination du cheptel contre la fièvre aphteuse. Jean Glavany n'exclut pas une telle mesure, mais elle ne saurait être qu'une "arme ultime". Il est vrai, la vaccination est loin d'être la solution-miracle...

vache fièvre aphteuse © INTERNE

Plus de 40.000 animaux ont déjà été abattus en France, et l’on continue à découvrir des cas de suspicion de fièvre aphteuse chaque jour. Faut-il continuer la politique des abattages "préventifs", au risque de mettre à genoux une partie de l’agriculture française, ou recourir à la vaccination de masse ? Pour beaucoup d’éleveurs, le doute n’est pas permis : il faut vacciner ; l’abattage leur apparaît d’autant plus absurde que, dans la plupart des cas, les animaux touchés par la fièvre peuvent en guérir. Le ministre de l'Agriculture, Jean Glavany, est plus mesuré. "La vaccination, ce serait l'arme ultime, si on ne parvenait pas à maîtriser l'épizootie. Mais, pour l'instant, ce n'est pas à l'ordre du jour", assure-t-il.

La vaccination n’est pas une solution-miracle


"La vacination n'est pas 
à l'ordre du jour"
Il est vrai, le Comité vétérinaire permanent considère qu'au Royaume-Uni, la vaccination ne s'impose toujours pas, alors que 205 cas de fièvre aphteuse sont déclarés. En France, un seul foyer a été signalé jusqu’à présent. De plus, pour Jean Glavany, une telle mesure "ne pourrait être décidée qu'au plan européen" ; or, le Commissaire européen à la Santé David Byrne a réaffirmé mercredi sur la radio irlandaise RTE que "la vaccination du cheptel européen contre la fièvre aphteuse ne se justifierait qu'en tout dernier recours".

Cette réticence vis-à-vis de la vaccination accentue le désespoir des éleveurs. Mais la vaccination n’est pas, semble-t-il, une solution miracle. Elle est extrêmement coûteuse, doit être renouvelée tous les six mois, et il devient difficile, lors d’une campagne de vaccination systématique, de distinguer les animaux malades des animaux sains, qui développent les mêmes anticorps. Et la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, estime qu’une campagne de vaccination ne saurait se substituer aux abattages systématiques des animaux suspects. En gros, vacciner ne permettrait pas de sauver les élevages où des cas possibles de fièvre aphteuse ont été signalés…

"En dernier recours"


Le foyer de fièvre aphteuse
signalé en France
L'Union européenne a décidé d'abandonner la vaccination en 1990 en adoptant une directive, entrée en vigueur en 1992. Avant cette date, les Etats membres étaient libres de la pratiquer ou non. En fait, aucun pays ne pratiquait de vaccination généralisée de son cheptel mais intervenait de manière ponctuelle et localisée dans les seules régions considérées à risques. Cette politique de non-vaccination est appliquée à d'autres maladies, comme la peste porcine qui a elle aussi touché la Grande-Bretagne à l'automne.

L'Union européenne n'exclut cependant pas de recourir à nouveau aux vaccins si la situation l'exigeait, a souligné Johan Reyniers, porte-parole de la Commission. Mais la législation européenne ne prévoit l'utilisation de vaccins que dans les situations d'urgence. Il s'agit généralement de vacciner les animaux des exploitations situées aux environs d'un foyer de découverte de la maladie. L'UE a ainsi participé à une campagne ponctuelle de vaccination l'année dernière dans les pays des Balkans et en Turquie, qui eux aussi pratiquent une politique de non-vaccination. En août 2000, l'Union européenne avait ainsi envoyé plus de 1,5 million de vaccins dans la région, dont 1,3 million de doses en Turquie. L'UE dispose, à ce jour, de 30 millions de doses de vaccin.

Par Franck LEFEBVRE le 15 mars 2001 à 00:00
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