Mori te salutat !

Par , le 10 mars 2001 à 16h07 , mis à jour le 09 mars 2001 à 17h19

Le Japon a publié ce matin le chiffre de la croissance au quatrième trimestre 2000 ce qui donne une croissance annuelle de 1,7%. La récession semble évitée. Le Premier ministre japonais, Yoshiro Mori, a officiellement annoncé samedi son intention de démissionner. Seule une réforme profonde semble toutefois à même de sauver l'économie nippone.

mori premier ministre japonais © INTERNE

L'attente d'une récession annoncée rend presque satisfaisants les chiffres de croissance publiés ce matin par le Japon. Le Produit intérieur brut a augmenté de 0,8% au dernier trimestre 2000 après une baisse de 0,6% au troisième trimestre. La croissance annuelle est donc de 1,7% après un faible +0,8% en 1999. Selon le gouvernement, même si le PIB devait se contracter au début de l'année 2001, l'objectif d'une croissance de 1,2% sur l'exercice comptable se terminant fin mars est réalisable.

Ces chiffres, moins mauvais que prévu change-t-il la donne pour le Premier ministre nippon ? Yoshiro Mori a fait part de sa décision de démissionner samedi aux membres de son parti mais semble avoir lundi matin des scrupules de jeune fille. Le Premier ministre japonais affirme ne pas avoir annoncé sa démission mais lancé le processus de remplacement : Maintenir l'ambiguïté sur son avenir va permettre à M. Mori de respecter deux importants rendez-vous diplomatiques avec les présidents américain George Bush le 19 mars et russe Vladimir Poutine le 25.

Il n'a pas précisé la date de l’élection anticipée d’un nouveau président du Parti libéral démocrate (PLD), mais la presse japonaise avance le mois d’avril. La position de M. Mori, 63 ans, était devenue de plus en plus intenable ces dernières semaines au fur et à mesure que se multipliaient les appels à sa démission au sein même de la majorité. Le Premier ministre est en effet contesté de toutes parts, notamment pour sa gestion de l'économie du pays et le retour du marasme qui avait déjà touché le pays de plein fouet en 1997.

L'économie nippone dans un état proche de... l'effondrement. Le sombre pronostic est du ministre des Finances, Kiichi Miyazawa lui-même. Cette remarque avait fait plonger le yen, qui est tombé vendredi après-midi à son plus bas niveau en dix-neuf mois face au dollar. "Il est inévitable que nous fassions des choix difficiles", a précisé M. Miyazawa, faisant ainsi implicitement référence à d'éventuelles réductions dans les allocations sociales ou à une augmentation de la fiscalité. Le ministre, âgé de 81 ans, avait déjà averti mardi que l'économie était dans un état de "sérieuse récession" à cause de la déprime persistante des consommateurs.

Pressions sur la Banque du Japon pour laisser chuter le yen

Vendredi derneir, la coalition au pouvoir a dévoilé une série de mesures d'urgence destinées à enrayer la dégradation de l'économie : incitations fiscales pour stimuler les marchés boursier et immobilier, dont la taxation, surtout pour ce dernier, semble l'avoir entraîné à la baisse. Grande nouveauté, ce plan d'urgence ne propose pas d'injections de nouveaux fonds publics dans l'économie, dans laquelle ont déjà été engloutis 900 milliards d'euros (5903 milliards de francs) en dix ans.

Les propositions sont principalement tournées vers la Banque du Japon, récemment affranchie du contrôle politique. Le gouvernement tente de la forcer à laisser le yen se déprécier. Une inflation salutaire serait alors enclenchée. Une réforme de grande ampleur aurait pour premier effet un impact social. Selon le ministre de l'Economie, 3,24 millions de Japonais pourraient être affectés et le taux de chômage pourrait franchir les 5%. L'autre risque majeur est la propagation de l'onde de choc nippone dans toute la région. Le spectre de la crise asiatique n'est pas loin.

Par Sophie Lutrand le 10 mars 2001 à 16:07
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