"Personne ne sait jusqu'où les marchés chuteront"

Par , le 15 mars 2001 à 16h12 , mis à jour le 14 mars 2001 à 18h07

On a frôlé la descente aux enfers hier sur les places boursières. Nicolas Sobzak, chef économiste chez Goldman Sachs estime que cette correction n'est pas terminée. Les bourses sont les premières à réagir mais la santé des économies, dont celle de l'Europe, ne saurait en sortir indemne.

bourse .image prétexte © INTERNE

Tf1.fr : Comment explique-t-on la chute sévère des places financières ces derniers jours ?

Nicolas Sobzac : Les entreprises de la nouvelle économie, les unes après les autres présentent des "profit warning" à la baisse ou bien de mauvais résultats. C'est une correction à la baisse, sans doute trop forte comme elle l'avait été à la hausse. Les données microéconomiques ne sont pas bonnes et les macroéconomiques oscillent entre un très fort pessimisme et un léger mieux. Tout cela provoque une très forte volatilité des marchés. Et personne ne sait jusqu'où cela va descendre.

Tf1.fr : Cette correction à la baisse touche toutes les places mondiales : l'Europe n'est pas épargnée

"Le ralentissement devrait toucher l'Europe au deuxième semestre 2001."

alors que les indices sont pourtant moins mauvais qu'ailleurs. 

Nicolas Sobzac : L'effet "nouvelle économie" est en train de toucher le monde entier. Les indices européens ne sont pas mauvais mais nous avons tout de même le secteur des télécommunications qui affiche des perspectives de résultats peu enthousiasmantes. La bourse réagit toujours plus vite que les indices macroéconomiques.

Le contexte mondial se dégrade très rapidement. On frôle la récession aux Etats-Unis. Le Japon, malgré un chiffre de croissance moins mauvais que prévu, est en proie à la crise. Idem pour Taiwan et la Corée. Les choses vont très mal là-bas. La production industrielle mondiale chute plus fort qu'en 1998-99. En Europe, ce ralentissement ne s'est pas encore fait ressentir. Les chiffres du commerce extérieur ont été excellents à la fin de l'année mais déjà un peu moins bons en janvier, ce qui est un premier signe. Le ralentissement devrait véritablement toucher l'Europe au deuxième semestre 2001.

Tf1.fr : Ce ralentissement pourrait-il pénaliser la croissance de la zone euro ?

Nicolas Sobzac : Certainement. En France, on a officiellement prévu une croissance de 3,4% pour 2001. En aparté, Laurent Fabius laisse déjà entendre que la croissance devrait tourner autour de 3% voire un peu moins. Moi, je serais moins optimiste et n'hésiterais pas à descendre à 2,5%. En Allemagne, 2% et sans doute autour de 2,5% ou un peu moins pour la zone euro. Il faut faire attention à ne pas dire "les indicateurs sont bons, tout va bien, nous ne sommes pas concernés".

Si l'idée d'une récession américaine se fait plus présente, l'ensemble des bourses peut perdre facilement 10% à 15% sur un an."

Tf1.fr : En septembre 2000, on tablait sans hésiter sur un Cac 40 atteignant voire dépassant les 7000 points avant la fin de l'année. Hier, il a fait une courte descente en dessous des 5000 points avant de se reprendre. Les marchés n'ont rien vu venir ?

Nicolas Sobzac : C'est en septembre octobre que l'on a commencé à prendre conscience des signes d'un ralentissement aux Etats-Unis. On pensait que l'expansion américaine était infinie. Quand il y a une révolution technologique de la sorte, très porteuse pour le reste de l'économie, on se dit qu'il n'y a pas de raison que cela s'arrête et on ne peut pas l'anticiper. Aujourd'hui, on est en plein dedans.

Tf1.fr : Les marchés peuvent-ils encore beaucoup baisser ?

Nicolas Sobzac : Les marchés peuvent aller très loin à la baisse. Si l'idée d'une récession américaine se fait plus présente et plus forte, l'ensemble des bourses peuvent perdre facilement 10 à 15% sur un an. En Europe, certains aspects laissent penser que l'on va pouvoir résister. Une croissance de 2,5% de la zone euro en 2001 est un résultat respectable comparé aux autres. Les chutes boursières dépriment tout le monde. Ensuite, les investisseurs regardent où ils vont pouvoir placer leur argent et l'Europe pourrait en bénéficier. Elle a plusieurs atouts pour elle : la modernisation du marché de l'électricité et du gaz, le marché unique, la monnaie unique… La purge était nécessaire aux Etats-Unis, pas en Europe.

Photo d'ouverture : AFP

Par Sophie Lutrand le 15 mars 2001 à 16:12
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