Quelles stratégies contre la fièvre aphteuse ?

Par Franck LEFEBVRE , le 26 mars 2001 à 07h00 , mis à jour le 25 mars 2001 à 01h49

Au début de la crise, les autorités sanitaires des divers pays espéraient vaincre la fièvre aphteuse en deux semaines. Elles admettent aujourd'hui que la lutte risque d'être longue. Interrogé par tf1.fr, le docteur Chillaud, de l'Office International des Epizooties, fait le point sur les stratégies mises en oeuvre en Europe pour éradiquer la maladie.

bucher fievre aphteuse © INTERNE

Etat des lieux

Conséquences de la maladie

- La fièvre se répand en Europe
- Premières aides pour les éleveurs

- Conséquences économiques
- Conséquences sur l’environnement
- Pas de menace pour la population
- Faut-il vacciner ?

Tf1 .fr : Des foyers de fièvre aphteuse ont été signalés en France, en Hollande, en Irlande. Mais la situation la plus grave est celle de la Grande-Bretagne. Les autorités sanitaires anglaises tablent aujourd’hui sur environ 4.000 foyers dans le pays d’ici le mois de juin. Ce chiffre vous paraît-il réaliste ?

Ayant travaillé, à la fin des années 80, sur des projections d’épizooties, ce chiffre ne me paraît pas inenvisageable. Vu la situation, une estimation de 1.500 foyers me paraît plausible. Au-delà, je manque de modèles d’analyse ; mais cette projection est en tout cas en cohérence avec ce qu’annonce le gouvernement anglais.

Tf1 .fr : Il faut donc s’attendre à une crise durable. Comment l’Europe pourra-t-elle se débarrasser de la fièvre aphteuse ?


Tout le cheptel britannique est menacé
Le plus important pour l’Europe continentale est le maintien de la vigilance vis-à-vis du Royaume-Uni. On peut espérer que la France et les Pays-Bas arriveront à maîtriser leur problème – même si cela reste encore à vérifier, vu que les foyers ont été découverts récemment, qu’on manque encore de recul, et qu’il reste à déterminer quels animaux ont circulé, comment ils ont pu circuler et quel parcours ils ont emprunté. Mais effectivement, même en admettant que tout soit résolu d’ici quelques semaines au niveau du continent européen, le Royaume-Uni restera un foyer de fièvre aphteuse, et il sera nécessaire de maintenir les mesures de désinfection actuellement en vigueur, au niveau du débarquement des bateaux, à l’entrée du tunnel sous la Manche… Et ces mesures devront être appliquées de façon drastique, pendant tout le temps voulu – c’est-à-dire, probablement, pendant longtemps…

Tf1 .fr : En France, on abat les animaux suspects, on détruit les carcasses, mais la vaccination n’est toujours pas à l’ordre du jour. Par contre, les Pays-Bas ont lancé des campagnes de vaccination dans les zones touchées par la fièvre. Pourquoi cette différence ?

La stratégie appliquée par les Hollandais est une vaccination centripète autour d’un foyer de fièvre aphteuse (1) . Dans un premier temps, on éradique le foyer ; ensuite, on vaccine systématiquement tous les animaux qui se trouvent dans la zone dangereuse, en allant de l’extérieur vers le centre. Puis, on prend le temps nécessaire pour abattre tous les animaux qui viennent d’être vaccinés.

La but des Pays-Bas est de retrouver le plus vite possible leur statut de pays indemne de l’épizootie. Et pour cela, il faut bien qu’à un moment donné, il n’y ait plus un seul animal vacciné sur le territoire. Dans cette optique, la vaccination ne sert qu’à empêcher, en urgence, la diffusion de la maladie. Mais ensuite, comme on n’est pas capable de différencier, parmi les animaux qui viennent d’être vaccinés, ceux qui ont pu contracter le virus de ceux qui en étaient indemnes, il faut malgré tout les abattre au plus vite.

Tf1 .fr : Pourra-t-on éviter à l’avenir d’autres épizooties comme celle que nous connaissons ? Les pratiques de l’agriculture industrielle sont-elles à remettre en cause ?

Ce qui pose problème, ce n’est pas tant l’industrialisation de l’agriculture, que l’extraordinaire développement des échanges commerciaux. Une fois que l’on a un virus dans un système commercial, il peut se répandre très vite. Pour limiter les risques, les contrôles aux frontières de l’Union Européenne devront être très stricts. Il faut que personne ne puisse entrer avec un objet, ou de la nourriture – un saucisson par exemple – susceptible d’être une source de virus. Ce qui se fait déjà aux Etats-Unis : lorsque vous débarquez, il y a là-bas des chiens qui reniflent vos valises, vos bagages passent au scanner… A terme, il faudra mettre en place les mêmes mesures au niveau européen.

________________________________________________________________

(1) La vaccination d'urgence, dite "en anneaux" ou "péri-focale", autour d’un foyer de fièvre aphteuse, est un pari et une course de vitesse entre l'apparition d'une protection chez les animaux et le moment où les troupeaux voisins peuvent à leur tour être touchés. Car si la vaccination d'urgence diminue significativement l'émission de virus dans l'air - et donc la probabilité d'une transmission du virus d'un élevage à l'autre par voie aérienne - elle ne l'annule pas. En outre, même avec les vaccins les plus récents, l'immunisation d'un animal vacciné n'intervient qu'au bout de quatre jours et il faut plus de temps encore pour faire disparaître les excrétions de virus.

Par Franck LEFEBVRE le 26 mars 2001 à 07:00
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