Le tour du monde de la fièvre

Par , le 17 mars 2001 à 19h07 , mis à jour le 16 mars 2001 à 19h56

La peste... La psychose suscitée aujourd'hui par la fièvre aphteuse nous ramène plusieurs siècles en arrière, à l'époque médiévale des buchés et méthodes sommaires pour éradiquer la peste. Mais contrairement à cette époque et même à il y a quelques décennies, la libéralisation et mondialisation prennent

moutons bébé fièvre aphteuse © INTERNE

La fièvre aphteuse est aujourd'hui au cœur d'une psychose qui gagne le monde entier, et derrière laquelle se cachent des préoccupations essentiellement économiques. Plus de 273 foyers en Angleterre, 40 en Argentine selon la presse, treize dans les territoires palestiniens, un pour le moment en France, le fléau devient mondial. Au banc des accusés se retrouvent pêle-mêle le souci d'économiser le coût de la vaccination, l'élevage intensif, la mondialisation des échanges et la concurrence acharnée à laquelle se livrent les pays.

"Il y a plusieurs décennies, nous avions des races d'animaux plus rustiques, qui supportaient beaucoup mieux la fièvre aphteuse et l'élevage était familial", reconnaît Bernard Vallat, directeur général de l'Office international des épizooties, l'équivalent pour les animaux de l'Organisation mondiale de la santé. "Cette maladie a des conséquences financières sur la production d'un cheptel moderne, génétiquement sélectionné et amélioré, comme le sont aujourd'hui les troupeaux dans l'ensemble de l'Europe, mais aussi dans des pays tels l'Australie, les Etats-Unis ou la Nouvelle-Zélande", souligne M. Vallat. Aujourd'hui, une unité laitière moyenne en France comprend une cinquantaine de vaches. Les bêtes atteintes dépérissent, en meurent rarement, mais deviennent des "non valeurs économiques".

La vaccination coûterait en France 720 millions de francs par an

Dans les campagnes, les agriculteurs ont de tous temps été confrontés à des cas isolés de fièvre aphteuse. Aristote déjà, parlait de la "maladie du pied des bovins". Soucieux d'éviter aux éleveurs des pertes de production, les pouvoirs publics ont mené des politiques d'éradication de la maladie après la deuxième guerre mondiale. Les pays européens ont ainsi longtemps vacciné les bovins, mais ni les porcs, les ovins et les caprins pour des raisons de coût. Après de nombreux calculs, la Communauté européenne a décidé il y a dix ans d'arrêter la vaccination, opération qui présentait un risque de diffusion de la maladie. Les animaux vaccinés restent en effet susceptibles de propager le virus et ne peuvent être distingués des animaux malades, à cause de la présence d'anticorps.

Des pays tiers n'ont pas hésité à rallonger la liste des produits bannis. Certains ne cachent pas des arrière-pensées commerciales, y voyant l'occasion d'augmenter leurs exportations vers l'Europe. 

Certains pays tiers, notamment les Etats-Unis, interdisant l'importation d'animaux vaccinés pour cette même raison, les arguments commerciaux et l'espoir de conquérir de nouveaux marchés ont donc largement pesé dans la décision d'interrompre la vaccination en Europe. A raison d'une dizaine de francs la dose de vaccin, cet arrêt a entraîné des économies conséquentes. En France, le retour à la vaccination des animaux sensibles à cette maladie, à raison de deux injections par an, équivaudrait à dépenser environ 720 millions de francs pour l'année, selon M. Vallat. Cette somme reste à comparer au coût de la destruction massive des animaux suspects menée actuellement dans l'Hexagone.

L'apparition de la fièvre aphteuse au Royaume-Uni le 19 février et le premier foyer recensé en France le 13 mars a conduit l'UE a prendre des mesures d'embargo sur certains produits animaux. Mais des pays tiers n'ont pas hésité à rallonger la liste des produits bannis, certains allant jusqu'à proscrire les céréales ou les machines agricoles usagées. Certains ne cachent pas des arrière-pensées commerciales, y voyant l'occasion d'augmenter leurs exportations vers l'Europe.

Par Sophie Lutrand le 17 mars 2001 à 19:07
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