© INTERNEtf1.fr : La baisse des taux décidée par la Réserve fédérale américaine vous a-t-elle surpris ?
Jean-Paul Fitoussi : Ca n'est pas si surprenant que ça. Une nouvelle baisse était prévue. Elle semble toutefois indiquer que les informations sur le ralentissement de l'économie américaine semblent plus sérieuses qu'on pouvait le penser il y a quelques mois. L'inquiétude boursière a également joué.
Une banque centrale doit toujours avoir un œil sur la croissance interne et un autre sur la bourse. C'est compliqué car la croissance interne n'implique pas forcément une baisse aussi importante des taux mais peut servir de signal à la bourse pour indiquer que l'on a atteint un point bas. L'objectif de la Fed était d'envoyer un signe aux marchés financiers pour leur indiquer que ce point bas était atteint et qu'il fallait remonter.
tf1.fr : En Europe, les voix s'élèvent une nouvelle fois pour exhorter la Banque centrale européenne (BCE) à baisser ses taux. Cette baisse est-elle indispensable ?
J.P Fitoussi : Le métier de la BCE n'est pas de bouger ses taux quand la Fed le fait mais de le faire quand les conditions internes l'exigent. Est-ce que les signaux que l'on a aujourd'hui montrent qu'il est nécessaire de les baisser ? Je crois que oui. Les tensions inflationnistes liées au mini choc pétrolier ne se sont pas répercutées sur les salaires et les prix. La BCE avait justement haussé ses taux afin d'éviter les effets de contagion de la hausse des prix du pétrole. Aujourd'hui, ils sont retombés.
tf1.fr : L'objectif des 2% d'inflation dans la zone euro est pourtant loin d'être atteint. Elle est actuellement de 2,6%. N'est-ce pas le rôle de la BCE de prévenir l'inflation ? 
Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE
et professeur à Sciences-Po Paris. -
J.P Fitoussi : L'objectif des 2% est un objectif de moyen terme et non de court terme. Aujourd'hui on est plutôt dans une situation de ralentissement de l'inflation. Et il y a un petit, je dis bien petit, infléchissement de la croissance en Europe.
tf1.fr : Les partisans d'une baisse des taux arguent d'un soutien à la croissance mais le fait d'abaisser les taux d'intérêts aurait-il un effet immédiat sur la croissance européenne ?
J.P Fitoussi : Non, ce n'est pas si simple. Il faut agir à temps. Les effets pleins d'une politique des taux varient entre un an et 18 mois. On n'attend pas d'une baisse des taux aujourd'hui qu'elle ait un effet immédiat sur la croissance. En revanche, ce serait un signe pour les investisseurs de l'intérêt que porte la BCE à la croissance européenne et cela aurait un effet immédiat sur les marchés financiers. Si la BCE décidait d'une baisse des taux, cela permettrait également à l'euro de s'apprécier.
tf1.fr : La BCE se réunira jeudi. Au regard des propos tenus par Win Duisenberg la semaine dernière, peut-on espérer une baisse des taux d'intérêts dès la semaine prochaine ?
J.P Fitoussi : Je ne crois pas qu'elle le fera ce jeudi. Ce qui est intéressant dans la décision de la Fed, c'est qu'elle a surpris et qu'elle a réussi son effet auprès des marchés. Pour la BCE, il n'y a pas d'urgence. Quoi qu'on en dise, la situation des taux en Europe n'est pas anormale car ils restent inférieurs au taux de croissance.
tf1.fr : De combien devrait-elle les baisser selon vous pour que l'effet soit significatif ?
J.P Fitoussi : J'espère qu'elle les baissera d'un demi-point. Plus on attend, et c'est le cas de la BCE, et plus le geste doit être important. Si elle n'abaisse ses principaux taux que d'un quart de point, les marchés seront déçus. Mais encore une fois, je ne dis pas qu'elle va le faire la semaine prochaine, elle peut attendre une quinzaine de jours. Il n'y a pas le feu !
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