© INTERNELa Banque centrale européenne (BCE) n'a pas changé ses taux directeurs. Malgré les pressions politiques de plus en plus visibles, les attentes fébriles des marchés financiers et les signes multiples d'essoufflement de l'économie européenne : les gendarmes monétaires ont laissé leur taux directeurs inchangés à 4,75% provoquant, dans la foulée, le décrochage de l'euro par rapport au dollar.
Ces derniers jours pourtant, les pressions s'étaient faites de plus en plus soutenues. L'OCDE et les six principaux instituts de conjoncture allemands avaient revu leurs prévisions de croissance de la zone euro à la baisse (lire aussi La croissance européenne égratignée). Un appel à une baisse des taux d'intérêts à peine dissimulé : "une telle décision est aujourd'hui justifiée", avaient estimé les instituts de conjoncture. Plusieurs personnalités étaient également montées au créneau à l'instar de Didier Reynders, l'actuel président du groupe des 12 ministres de la zone euro, ainsi que des ministres des finances de l'Union européenne eux-mêmes à l'exemple de Hans Eichel, le ministre allemand.
"Je suis poli, cela compte, disons que j'entends mais que je n'écoute pas", Wim Duisenberg, président de la BCE. |
La BCE jalouse de son indépendance
Mais rien n'y a fait. Le président de la BCE, Wim Duisenberg (photo) a répondu à la question de savoir pourquoi il avait fait fi des appels de divers milieux économiques : "Je suis poli, cela compte, disons que j'entends mais que je n'écoute pas". Il a rappelé que l'objectif de la BCE est la "stabilité des prix à moyen terme" et que si "les risques (d'inflation) qui pesaient sur la stabilité ces derniers mois ont diminué, mais n'ont pas disparu".
C'es bien là le choix que semble avoir fait la BCE : celui d'une maîtrise de l'inflation, son objectif étant de la ramener en dessous de 2% (elle devrait être de 2,3% cette année) et non pas de soutenir la croissance. Son homologue américaine, la Réserve fédérale américaine (FED) a elle fait un autre choix. Elle a déjà baissé ses taux d'intérêts de 150 points de base, un exemple d'ailleurs suivi par la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon.
La décision de la BCE a plombé l'euro sur le marché des changes, les investisseurs redoutant une réaction trop tardive face au ralentissement de l'activité en Europe. La monnaie unique a plongé jusqu'à 0,8820 dollar contre 0,8895 dollar quelques minutes avant la décision.
Une chose paraît certaine : la BCE, très jalouse de son indépendance, a voulu montrer qu'elle ne se laisserait pas dicter sa conduite. Ni par les marchés financiers, ni surtout, par les responsables politiques de la zone euro. Wim Duisenberg a d'ailleurs renvoyé mercredi les gouvernements à leurs études. Estimant que la BCE n'avait pas les moyens de soutenir la croissance, il les a appelés à faire le ménage devant leur porte en libéralisant leurs marchés du travail et en dérégulant leurs marchés.
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