Les entreprises à court de cadres ?

Par Franck LEFEBVRE , le 17 avril 2001 à 18h11 , mis à jour le 16 avril 2001 à 18h35

Finie la crise des années 90 ! Désormais, les cadres découvrent les avantages de la mobilité et n'hésitent plus à changer d'employeur. Ce qui commence à poser de sérieux problèmes aux entreprises, qui vont bientôt se trouver confrontées à une pénurie de cadres avec le départ à la retraite de tous les "baby-boomers"...

cadre entreprise © INTERNE

Pour les entreprises françaises, c’est une véritable révolution culturelle qui s’amorce. Tout au long des années de crise, elles se sont habituées à un marché du travail qui leur était largement favorable, où elles n’avaient qu’à puiser les cadres qui leur convenaient. Mais désormais, la tendance s’inverse. Et les entreprises découvrent à leurs dépens que les cadres sont mobiles – et qu’ils sont tout à fait susceptibles d’aller exercer ailleurs leurs compétences. Il faut donc fidéliser. Meilleurs salaires, stock-options, primes diverses… tout est bon pour retenir les perles rares. Ou pour essayer de les débaucher chez les concurrents… Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Démographes et économistes sont formels : pour les entreprises, le plus difficile est à venir.


Les cadres n'hésitent plus à bouger ; les
entreprises cherchent comment les retenir.
La raison de ce retournement de tendance ? Elle saute aux yeux dès qu’on regarde la pyramide des âges de la population française. Depuis les années 60 et le baby-boom, la natalité en France est en baisse. La plus grande partie des cadres aujourd’hui en activité sont nés en pleine période des "Trente Glorieuses". Au cours de la décennie qui vient, bon nombre d’entre eux vont partir à la retraite. Et il va devenir de plus en plus difficile de leur trouver des successeurs parmi les générations moins nombreuses d’après les années 60… La situation sera d’autant plus critique que la crise des années 90 a conduit à un gel des embauches. Durant toute cette période, les effectifs des cadres n’ont pas été renouvelés. Avec les prévisibles départs à la retraite, les entreprises devront faire face à l’hémorragie… Une situation valable non seulement pour le marché français, mais aussi pour l’Europe et les Etats-Unis.

Il faut savoir attirer les cadres… mais surtout, savoir les retenir

Les entreprises commencent d’ores et déjà à élaborer des stratégies. Ce qui nécessite une remise à plat des méthodes de gestion des ressources humaines pratiquées jusqu’à présent. Quadrature du cercle : il faut attirer les cadres, les motiver, et les dissuader d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte. Tout cela a un coût… mais l’aspect financier n’est qu’un des moyens de galvaniser les troupes. Il faut aussi que les cadres se sentent reconnus, quel que soit leur âge et leur niveau dans l’organigramme de l’entreprise. D’où les programmes de formations ciblées à destination des "jeunes talents", de façon à favoriser leur intégration (c’est ce que Legrand a déjà commencé à mettre en place, avec son programme "conducteur de talents", créé en 2000), ou les responsabilités nouvelles confiées aux "seniors" pour mieux retenir ceux qui ont le plus d’expérience au sein du groupe (France Telecom, Sanofi, Thomson, Renault et Saint Gobain travaillent en ce moment, en liaison avec l’Institut des nouvelles carrières, sur les manières d’employer au mieux leurs "seniors"… par exemple, en leur faisant jouer des rôles de "tuteurs" pour les nouveaux embauchés).

Certaines n’hésitent pas à recourir à des moyens atypiques pour "booster" les embauches. Adecco, Bouygues Telecom ou le Club Méditerranée ont lancé des campagnes de publicité au cinéma. Misant plutôt sur les nouvelles technologies pour favoriser sa promotion, Pechiney a innové en créant un concours "e-reporter" visant les étudiants des grandes écoles. De son côté, L’Oréal a lancé un jeu de stratégie sur le Net, baptisé "e-start challenge". Avec un résultat prometteur : officiellement, le jeu aurait attiré plus de 2 000 étudiants, de 44 nationalités différentes. De quoi donner des idées aux recruteurs… En effet, pour faire face à la pénurie qui se profile, beaucoup commencent aussi à lorgner au-delà des frontières. Vers l’Europe de l’Est, par exemple…

Par Franck LEFEBVRE le 17 avril 2001 à 18:11
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