© INTERNE![]() Marc-Henri Cassagne- |
Tf1.fr : Sachant que la fièvre aphteuse n’est pas dangereuse pour l’homme, n’est-il pas excessif d’ordonner ainsi l’abattage systématique et total de tout cheptel animal susceptible de contracter la maladie ?
La politique d’abattage préventif systématique est aujourd’hui un mal nécessaire. Elle représente le seul moyen pour éviter que la maladie ne revienne, s’installe et perdure. |
Pour lutter efficacement contre la maladie, on a d’abord pratiqué la vaccination, facultative puis obligatoire : cela a permis de réduire la présence de la maladie. Pour l’éradiquer, la France, dans les années 70, a donc décidé de combiner vaccination et abattage des cheptels touchés. Puis, dans les années 90, la disparition de la maladie du territoire européen, la possibilité de devenir " zone indemne de F.A. " selon les normes de l’Office international des epizooties ont conduit l’Union européenne à interdire la vaccination.
Tf1.fr : Plutôt que de les abattre, pourquoi ne vaccine-t-on pas à nouveau les animaux contre la fièvre aphteuse ?
La vaccination doit être considérée comme l’arme ultime |
Tf1.fr : Pourquoi a-t-on décidé d’arrêter un jour la vaccination des cheptels sensibles ?
M-H. C. : L’une des raisons pour lesquelles nous avons stoppé en 1992 la vaccination contre la fièvre aphteuse tient à la vaccination elle-même. Avant, nous ne vaccinions que les bovins. Nous pensions que cela était suffisant. Or, une fois l’animal vacciné, il est impossible de faire la différence entre les anticorps vaccinaux et les anticorps post-infectieux que développait l’animal atteint. Ainsi, on pourrait se retrouver avec des réservoirs de virus de fièvre aphteuse parmi des cheptels vaccinés. Ces cheptels bovins vaccinés, mis au contact d’autres animaux dans une ferme, pourraient alors transmettre sans problème le virus à un cheptel de porcs, par exemple. On aurait continué de vacciner, nous serions aujourd’hui dans la même situation, puisque la maladie est arrivée en France par des moutons et non des bovins.
La deuxième raison est que plusieurs rapports européens tendent à démontrer que, pour certains des cas d’épidémies de fièvre aphteuse recensés en Europe ces dernières années, l’origine proviendrait, soit d’un mauvais dosage des vaccins, soit de la fuite de virus des laboratoires chargés de fabriquer ces vaccins.
Tf1.fr : Des recherches sont-elles en cours pour permettre d’améliorer les vaccins ?
M-H. C. : Actuellement, plusieurs laboratoires travaillent sur la création d’un vaccin "marqueur" qui pourrait permettre de faire la distinction entre anticorps vaccinaux et anticorps post-infectieux. Le jour où ce vaccin existera, la question de la revaccination systématique des animaux pourra être reposée. Les scientifiques de l’Afssa considèrent que, pour être efficace, ces vaccinations devront porter sur 75% de toutes les espèces sensibles à la fièvre aphteuse.
Tf1.fr : Tout ceci n’est-il pas, finalement, qu’une histoire de gros sous ?
L'intérêt pour les Anglais d'abattre massivement leurs troupeaux de moutons est de pouvoir ensuite reconstituer des cheptels avec des moutons Néo-zélandais ou australien. Moutons qui, génétiquement, ne peuvent contracter la tremblante. |
Côté français, peu de foyers ont été déclarés. Ce n’est donc pas tant un problème d’abattage que d’indemnisation qui se pose. Il est évident qu’un éleveur qui a construit son cheptel pendant des années ne voudra pas que ce dernier soit détruit. Toutefois, si l’indemnisation de ses bêtes perdues est correcte, il l’acceptera car il sait qu’il pourra repartir. Or, le ministère de l’Economie vient de prendre, par arrêté du 30 mars 2001, la décision de plafonner les indemnisations des bêtes abattues pour cause d’ESB ou de fièvre aphteuse à 12 000 francs. La FNGDS dénonce ce comportement scandaleux de Bercy qui risque d’avoir des effets pervers : certains éleveurs seront trop remboursés et d’autres ne le seront pas assez. C’est aux experts qu’il revient de fixer les sommes, au cas par cas.
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