Bob Marley : big business autour d'une idole

Par Matthieu DURAND , le 11 mai 2001 à 07h00 , mis à jour le 03 mai 2001 à 16h48

A sa mort, Bob Marley laissa en héritage une œuvre musicale exceptionnelle… et un patrimoine de 30 millions de dollars. Le partage de ce "gâteau" fut féroce. Aujourd’hui encore, le culte de Marley, sincère ou savamment entretenu, génère un commerce lucratif. Reste l’artiste et son message.

rita marley bob reggae rasta © INTERNE

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"Son corps n’était pas encore froid dans sa tombe que les charognards se disputaient déjà ses possessions terrestres". Ces propos cinglants et désabusés furent prononcés par Cedella Booker, la mère de Bob Marley (1), après la mort de son fils. Agonisant, ce dernier avait refusé de rédiger un testament. Sans document juridique valable, la lutte pour le contrôle des 30 millions de dollars laissés par le chanteur fut longue et féroce.

Dix ans de bataille juridique

Rita Marley, l’épouse de Bob, prit en main le règlement de la succession. Douze bénéficiaires légaux furent désignés : Rita, les neuf enfants naturels de Bob et ses deux enfants adoptés mais pas sa mère, Cedella… Les proches de Bob, ses musiciens, ses employés de maison furent systématiquement écartés ou s’en allèrent, sans le sou, dégoûtés.

Les proches
de Bob,
ses musiciens,
ses employés
de maison furent
systématiquement
écartés ou
s’en allèrent,
sans le sou,
dégoûtés

La gestion douteuse de Rita (imitation de la signature de Bob, dissimulation de 14 millions de dollars…) entraîna une vague de procès et décida la Cour suprême de Jamaïque à lui enlever la gérance des biens de son mari en 1987. Quatre ans plus tard, la société Island Logic, détenue par Chris Blackwell, l’ancien producteur de Bob Marley, acquit pour 12,5 millions de dollars, avec l’accord de tous les héritiers, "les droits du catalogue Bob Marley, les royalties des enregistrements, les droits de distribution et les propriétés en Jamaïque" (1). Un patrimoine que Blackwell revendit par la suite à Polygram (Universal Music). Une fondation Bob Marley fut également créée : dirigée pendant dix ans par Blackwell, elle devint la propriété de la veuve de Marley et de six de ses enfants –les cinq autres ayant préféré un paiement forfaitaire d’un million de dollars chacun.

Dévotion planétaire

Aujourd’hui, Rita Marley règne sans partage sur "l’empire Marley". La maison du chanteur à Kingston et son mausolée à Nine Miles ont été transformés en musées payants, sans âme. La popularité de Bob Marley, plus forte aujourd’hui que de son vivant, génère des revenus considérables. Sans parler des produits dérivés, les ventes officielles de ses disques, parmi les plus

La compilation
Legend
s'est vendue
à plus de
dix millions
d'exemplaires

importantes au monde -la compilation Legend s’est vendue à plus de 10 millions d’exemplaires (2)- ajoutées aux enregistrements pirates en font certainement l’un des artistes les plus écoutés au monde.

Ce succès considérable traduit l’engouement du public pour celui qui est toujours perçu par des millions de personnes comme un prophète ou un messager. En Australie, certaines communautés aborigènes l’ont élevé au rang de divinité. Peu après sa mort, Cedella Booker et Tyrone Downie, ex-Wailers, "furent invités à se rendre dans le Grand Canyon de l’Arizona, où des membres de la tribu Havasupai vénèrent Bob, et vivent au son de sa musique" (3). Le chanteur Manu Chao a su expliquer ce phénomène rare : "Marley est le meilleur passeport qui existe. Avec un badge ou un T-shirt Bob Marley, tu peux faire le tour du monde, pénétrer sans crainte dans les quartiers les plus mal famés. (…) Il est le seul à posséder cette dimension planétaire, à incarner à la fois la rébellion et la non-violence"(2).

(1) cf. Maureen Sheridan : L’intégrale Bob Marley, Hors Collection (2000)
(2) cf. Francis Dordor : Bob Marley, Librio musique (1999)
(3) cf. Stephen Davis : Bob Marley , Point Virgule (1994)

photo : Rita Marley lors d'un concert en Côte d'Ivoire, en juin 1998 (AFP)

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