© INTERNETf1.fr : Un an après la mise en place des 35 heures, 59% des salariés estiment que cela a entraîné une certaine amélioration dans leur vie quotidienne. Mais les cadres sont beaucoup plus satisfaits que les personnes non-qualifiées. Comment expliquez-vous cet écart ?
Marc-Antoine Estrade : Le sentiment d'amélioration est très lié à l'autonomie du salarié pour choisir ses congés. Les cadres ont souvent une grande liberté dans la façon de disposer de leurs congés supplémentaires. Les personnes non-qualifiées n'ont pas cette marge de manœuvre. On leur a davantage appliqué le système de modulation. Dans les cas extrêmes, un chef peut dire à son ouvrier de ne pas venir le lendemain, le travail ne l'exigeant pas. Dans ce cas, la RTT n'est pas choisie.
Tf1.fr : La distinction se fait sentir selon la catégorie socio-professionnelle mais aussi selon les sexes. 72,5% des femmes cadres estiment que les 35 heures ont amélioré leur vie quotidienne contre 40,2% pour les femmes non-qualifiées.
M.A. Estrade : De ce point de vue-là, la réduction du temps de travail n'a rien changé. Cet écart est lié aux contraintes extérieures. Ce sont toujours les femmes qui ont à gérer les tâches ménagères, les enfants… Et le problème est le même si elles ne gèrent pas leurs jours de congés. Si on leur demande de rester plus tard ou bien de ne pas venir la semaine suivante, c'est plus gênant pour elles que pour leurs homologues masculins.
Tf1.fr : Votre synthèse sur les effets des 35 heures ne montre-t-elle pas que les attentes des personnes qualifiées étaient davantage des augmentations de salaires plutôt que davantage de temps libre ?
M.A Estrade : Il est vrai que le niveau de revenus joue beaucoup. Les cadres dépensent plus, en voyage, en loisirs pendant leurs jours de RTT. Mais je ne suis pas sûr que l'on puisse considérer la question comme cela. La plupart des accords de réduction du temps de travail ont été accompagnés de gel des salaires et cela a été accepté par les salariés. En revanche, les cadres et les urbains avaient vraiment le sentiment de manquer de temps. C'était beaucoup moins le cas en milieu rural et pour les personnes non-qualifiées.
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