L'Italie part en guerre contre EDF

Par Alexandra GUILLET & Sophie LUTRAND , le 25 mai 2001 à 15h05 , mis à jour le 23 mai 2001 à 16h00

Au lendemain de l'annonce par EDF de la prise de 20% du capital de Mondeson, le deuxième électricien italien, le gouvernement italien a répliqué en bloquant partiellement jeudi l'entrée du groupe français sur le marché électrique de la péninsule. Méthode: un décret limitant à 2% les droits de vote d'EDF dans Mondeson.

EDF Pylônes électricité électrique © INTERNE

EDF est persona non grata en Italie. Une semaine après avoir pris 4% des parts du groupe industriel italien Montedison, EDF annonçait mercredi en être le premier actionnaire avec 20% de son capital. Montedison est le premier groupe privé italien pour la production d'électricité via sa filiale Edison-Sondel. Cette nouvelle incursion du groupe public français en terre transalpine ne satisfait pas du tout les autorités italiennes qui ont aussitôt répliquées. En ligne de fond, le recentrage de la holding Montedison sur l'énergie au moment où le marché s'ouvre à la concurrence au sein de l'Union européenne.

Droits de vote limités à 2%

Le conseil des ministres italien a donc adopté hier un décret visant à plafonner à 2% les droits de vote du groupe public français dans le capital de Montedison. Cette limitation concerne uniquement le domaine de l'électricité. Elle ne s'appliquera que lorsqu'une "entreprise publique bénéficiant d'un monopole" comme EDF voudra acquérir --à traver une autre société-- des capacités de production supplémentaires en Italie ou bien construire de nouvelles centrales. Autrement dit, si Montedison voulait acheter ou construire de nouvelles centrales électriques, le pouvoir de décision d'EDF au sein du groupe italien serait limité à 2% des droits de vote. Le gel des droits de vote permettra, selon le gouvernement italien, de sauvegarder des appétits français la prochaine privatisation des centrales de la compagnie publique italienne Enel. Le gouvernement italien de centre gauche, encore en place --tout comme l'équipe de Silvio Berlusconi qui formera prochainement un nouvel exécutif-- reproche à EDF de vouloir prendre pied sur un marché italien en pleine phase de libéralisation alors que le groupe français bénéficie d'un quasi-monopole dans son pays.

EDF veut réaliser 50% de ses ventes à l'étranger d'ici 2005

EDF ne cache pas ses appétits européens : numéro un mondial de l'électricité, il veut réaliser 50% de ses ventes à l'étranger d'ici 2005. EDF assure qu'il ne s'est pas "aventuré" dans Montedison "sans être bordé dans tous les domaines légaux" et qu'il a informé à chaque étape la Consob, gendarme boursier italien. Bruxelles avait estimé ces derniers jours qu'EDF agissait en conformité avec le droit communautaire et que la France respectait la directive actuelle prévoyant l'ouverture de 30 % de son marché de l'électricité à la concurrence. La France "fait le strict minimum mais c'est son droit", avait jugé la Commission, renvoyant aux Quinze la responsabilité "d'accélérer la libéralisation de l'électricité", un mouvement bloqué notamment par Paris au nom de la défense du service public.

Par Alexandra GUILLET & Sophie LUTRAND le 25 mai 2001 à 15:05
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