Vache folle : le Sénat accuse

Par , le 17 mai 2001 à 15h41 , mis à jour le 17 mai 2001 à 16h22

Un rapport sur les farines animales rendu public jeudi par les sénateurs épingle l'attitude des différents gouvernements face à la vache folle. Il préconise l'interdiction définitive des farines carnées dans l'alimentation des animaux.

farines animales vache folle © INTERNE

Gouvernement français, ministres de l'Agriculture, gouvernement anglais, commission européenne… tout le monde en prend pour son grade dans le rapport sur les farines animales que les sénateurs ont rendu public jeudi. Fruit de cinq mois d'enquête et d'auditions, ce rapport dénonce le "retard de la France dans "les prises de décision" pour lutter contre la maladie de la vache folle ainsi que "l'inertie de Bruxelles" et les "graves défaillances britanniques". Les sénateurs s'étonnent "qu'il ait fallu attendre fin 2000 pour interdire les farines de viande et d'os dans l'alimentation de tous les animaux d'élevage et pas seulement pour les ruminants (bovins, moutons…).

La commission sénatoriale préconise, par la voix de son rapporteur le sénateur Gérard Dériot, trois mesures d'urgence : l'interdiction définitive des farines carnées dans l'alimentation des animaux et l'établissement d'une "liste positive" de matières premières pour la préparation d'ingrédients susceptibles d'être utilisés dans la production d'aliments pour animaux. Par ailleurs, les sénateurs vont dans le sens des agriculteurs en remettant en question l'abattage systématique des troupeaux lorsqu'un cas d'ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) s'y est déclaré. Le rapport préconise "la mise à l'étude d'un aménagement de la procédure d'abattage systématique".

300 cas humains dans les 60 prochaines années

Plus hasardeux, les sénateurs estiment, sans expliquer plus avant leurs calculs, que quelque 300 cas de nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (forme humaine de la maladie de la vache folle) devraient faire leur apparition dans les 60 années à venir en France. Ils précisent avoir choisi l'hypothèse la plus pessimiste.

Les ministères de l'Agriculture et des Finances (chargés des douanes) sont directement accusés d'une absence de coordination entre services. "Il y a une prise de conscience tardive du ministère de l'Agriculture et une absence regrettable et remarquée du ministère de la Santé", (un pavé dans la cour de Dominique Gillot) a ajouté le rapporteur Bizet. Les services vétérinaires qui manquent de moyens et de personnel n'ont pas été capables de se consacrer suffisamment à la lutte contre la maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine, ESB), ajoute le rapport.

La Grande-Bretagne, pays où sont apparus les premiers cas de vache folle, est sévèrement attaquée. "Ce pays est le premier coupable mais également la première victime", indique le rapport. Les sénateurs s'interrogent sur l'attitude du gouvernement britannique qui peut s'apparenter soit "au cynisme soit à l'indifférence" quand la décision a été prise d'interdire l'utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux mais de poursuivre les exportations de ces farines vers des pays tiers. La Commission n'échappe pas aux remontrances et l'instance européenne est sévèrement accusée "d'inertie" et "d'attitude minimaliste tout au long de la crise de la vache folle".

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Par Sophie Lutrand le 17 mai 2001 à 15:41
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