© INTERNEC'est une véritable tempête qui frappe actuellement la presse à Paris. La descente aux enfers se poursuit pour France Soir. Après moult cessions et départs de journalistes, la direction a annoncé lundi la tenue d'un comité d'entreprise extraordinaire vendredi prochain au cours duquel sera présenté un plan social. Près de la moitié des effectifs serait touchée, toutes catégories confondues. Parallèlement, le conflit entre le groupe Amaury et les NMPP s'est élargi, mardi soir, à l'ensemble de la presse parisienne, dont les titres ne paraîtront pas mercredi en raison d'une grève de 24 heures à l'appel du Syndicat du Livre CGT.
"C'est un miracle que nous arrivions à paraître tous les jours", un journaliste de France Soir |
Dans le premier cas, celui de France Soir, l'annonce du prochain plan social a immédiatement entraîné une réplique de la rédaction, qui, réunie en assemblée générale, a décidé de la non parution du quotidien mardi. "Nous savions qu'il devait y avoir un plan social mais ça fait quand même mal", confie un journaliste joint par tf1.fr. Ainsi que l'avait annoncé la nouvelle direction italienne qui a repris le titre en décembre pour un franc symbolique à Georges Ghosn, le plan de restructuration comprend notamment l'arrêt d'une des deux rotatives. Sur les 190 salariés de France Soir, près de 80 seraient concernés par des licenciements et les ouvriers du Livre seraient une des catégories les plus touchées. Actuellement, ils sont environ 70 à travailler pour France Soir. Le journal ne compte plus que 57 journalistes titulaires de la carte de presse. Ils étaient deux fois plus en janvier avant que certains ne fassent jouer la clause de cession pour rompre leur activité au sein du groupe. Selon la rédaction, le journal ne parvient à sortir que grâce à la présence de nombreux pigistes et stagiaires. "Les conditions de travail se sont bien sûr dégradées et c'est un miracle que nous arrivions à paraître tous les jours", a expliqué un journaliste à tf1.fr. Lors du précédent CE, la direction avait fait valoir, que compte tenu du déficit prévisionnel du journal, la seule alternative au plan social était le dépôt de bilan. Cette affirmation avait été qualifiée de "chantage" par le personnel.
Le conflit Amaury/NMPP touche toute la presse parisienne
Mais si France Soir était absent des kiosques mardi, c'est l'ensemble des titres de la presse parisienne qui seront touchés ce mercredi. La décision du groupe Amaury de distribuer le Parisien par ses propres moyens et de suspendre la publication d’Aujourd'hui en France déstabilise en effet le système de distribution de la presse, soumis depuis plusieurs mois à de fortes tensions et engagé dans une réflexion sur son avenir. Tous les acteurs du secteur (éditeurs, messageries, syndicats) ont participé entre septembre et avril derniers à une Table ronde sur la liberté de la presse qui a permis de remettre à plat l'ensemble du dispositif, mais n'a pas débouché sur une réforme en profondeur. Parallèlement, les NMPP (Nouvelles Messageries de la presse parisienne) ont entamé un difficile processus de modernisation afin notamment de répondre à la concurrence des Messageries lyonnaises de presse (MLP), dont les coûts sont plus compétitifs. Dans le cadre de ce plan, près de 800 emplois sur 2.390 doivent être supprimés d'ici 2003. En décidant d'assurer lui même sa distribution, Le Parisien a brisé un tabou : il est en effet le premier grand quotidien à se retirer du système coopératif mis en place par la Loi Bichet en 1947. Se qualifiant de régional, le journal veut améliorer sa pénétration sur la région parisienne pour vendre 400.000 exemplaires à l'horizon 2003 contre 355.000 actuellement. Réponse des salariés du Livre : un mouvement de grève de 24 heures, à l’appel du Syndicat du Livre CGT, largement majoritaire aux NMPP. Mercredi, les kiosques resteront vides.