La grogne des smicards de la recherche

Par , le 28 juin 2001 à 07h00 , mis à jour le 27 juin 2001 à 19h54

Les doctorants descendent aujourd’hui dans la rue pour réclamer une revalorisation de l’allocation de 7400 francs mensuels que leur accorde l’Etat. Au-delà de leur situation pécuniaire, les manifestants demandent la reconnaissance par le gouvernement de leur importance dans la recherche et l’économie du pays.

[Expiré] [Expiré] etudiants dans bibliothèque de l'iep Paris (AFP) © AFP

Combien de thésards délaisseront cet après-midi les laboratoires et les travées des bibliothèques pour réclamer sous les fenêtres de Matignon une revalorisation de leur statut ? Sur papier, la Confédération des étudiants chercheurs (CEC) (1) a réuni plus de 13.000 signatures favorables à l’augmentation de l’allocation attribuée chaque année à 4000 doctorants par le ministère de la Recherche. En pratique, la dernière manifestation, le 7 juin dernier, n’avait réuni qu’un petit millier des 65.000 thésards, dont 11.000, allocataires, sont directement concernés. Surchargés de travail ou désabusés, beaucoup n’avaient pas répondu à l’appel.

La récente réévaluation du Smic à 7388 francs pourrait avoir, cette fois, l’effet d’un détonateur. "Avec 7400 francs bruts (6123 francs nets) par mois à Bac+8, nous gagnons à peine plus qu’un smicard", s’indigne Othman Bouizi, auteur d’une thèse (en cours) sur la mécanique des fluides et membre de l’Addoc (2). "Notre allocation n’a plus été réévaluée depuis dix ans", poursuit-il avant de réclamer, comme plusieurs associations relayées par la CEC une augmentation de 20% du revenu assuré par l’Etat. "Beaucoup de thésards font la plonge pour boucler leur fin de mois, constate Yannick de Kercadio de l’Addoc également. "Ce sont Mac Do’ et Quick qui financent la recherche", déplore-t-il sur le ton de l’ironie.

Car, au-delà du niveau de vie, les doctorants estiment que la réputation des thèses passe par la revalorisation du revenu alloué aux thésards. "Qu’est-ce qu’un docteur aux yeux de la plupart des employeurs ? Un type qui n’a pas voulu entrer dans la vie active et s’est caché pendant trois ans. Difficile de faire croire qu’une personne aussi mal payée qu’un doctorant puisse avoir une activité importante au sein d’un laboratoire", explique Yannick de Kercadio.

"On ne peut comparer un thésard à un smicard"

Au cabinet du ministre de la Recherche, on rappelle, en guise de préambule, qu’ "on ne peut pas comparer le thésard au smicard, la formation au travail". "Il n’empêche, poursuit-on, qu’ils travaillent énormément et que le ministère est conscient de la nécessité d’une revalorisation". Pas de fausse joie : l’augmentation de l’allocation pour l’année à venir ne devrait pas dépasser (au mieux) les 5% , ce qui représente 70 millions de francs supplémentaires au budget de la Recherche.

L’option du gouvernement est d’augmenter le nombre d’allocataires, en particulier dans les sciences humaines. Ainsi depuis 1996, les bénéficiaires sont passés de 3400 à 4000. L’idée est aujourd’hui de permettre à un plus grand nombre de thésards d’accéder au monitorat. Ce système permet au doctorant d’obtenir une somme de 2000 francs par mois en contrepartie de quelques heures d’enseignement. De quoi mettre du beurre dans les épinards. Le ministre Roger-Gérard Schwartzenberg voudrait faire passer de 2000 à 2700 le nombre de monitorats.

A plus long terme, le ministère planche sur un nouveau type d’allocation doctorale qui compilerait la recherche et une fonction soit d’enseignant, soit de stagiaire dans l’administration ou dans le privé. De quoi reconnaître officiellement l’impact de la recherche dans l’économie du pays.

Par David Straus le 28 juin 2001 à 07:00
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