L'inflation au plus haut depuis 1996

Par , le 13 juin 2001 à 07h00 , mis à jour le 12 juin 2001 à 18h30

L’Insee a annoncé hier une inflation en hausse de 0,7% pour le mois de mai, soit de 2,3% par rapport la même période en 2000. En cause, la flambée du prix des produits frais et de l’énergie le mois dernier. Cette poussée de fièvre s’inscrit dans un ralentissement de la croissance française qui pourrait obliger le gouvernement à revoir sa politique fiscale.

vignette conjoncture © INTERNE

Quand l’économie montre des signes de faiblesse, on demande aux Français d’acheter et d’acheter encore pour maintenir la croissance. Quand les prix augmentent trop fort, on leur demande non seulement de consommer mais de le faire intelligemment. Très soucieux de la forte hausse de l’inflation le mois dernier (+ 0,7% par rapport à avril), le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet a encouragé hier les consommateurs à faire jouer à fond la concurrence entre les commerçants pour privilégier les prix les plus bas.

Six mois de pluies
ont touché
de plein fouet
l’agriculture,
entraînant un bond
de 9% du prix
des produits frais

Les chiffres publiés hier par l’Insee sonnent, il est vrai, comme un coup de semonce dans le ciel de moins en moins bleu de l’économie française. Les prix à la consommation de mai ont augmenté de 2,3% par rapport à mai 2000 pour atteindre leur plus haut niveau depuis juillet 1996. Selon le mode de calcul européen, la hausse atteint même 2,5% sur un an et dépasse largement la barre des 2% fixée par la Banque centrale européenne.

Cette poussée de fièvre n’est pas vraiment une surprise. Six mois de pluies ont touché de plein fouet l’agriculture, entraînant le mois dernier un bond de 9% des prix des produits frais, en particulier des légumes et des fruits. La note des courses devrait revenir à la normale dès juin. En revanche, l’optimisme n’est pas de mise pour la facture énergétique, plombée en mai par l’augmentation du pétrole (+3,5%) et des tarifs du gaz de ville (+9%). La suspension des exportations irakiennes de fioul, la faiblesse de l’euro face au dollar, la devise de référence, et les problèmes énergétiques américains devraient maintenir la pression sur le prix du baril pour quelques semaines encore.

Quand les prix augmentent,
les Français
vont moins
dans les magasins, ce qui joue
sur leur moral
donc sur leur envie
de consommer!

Quand les prix augmentent, les Français vont moins dans les magasins. Ce qui joue sur leur moral donc… sur leur envie de consommer ! Une spirale à éviter à tout prix pour les responsables économiques qui craignent un effondrement de la croissance. Officiellement celle-ci devrait se situer à 2,9% pour 2001, comme l’a réaffirmé hier le secrétariat d’Etat au Budget qui avait déjà revu ses prévisions à la baisse de 0,4%.

Le ministre de l’Economie Laurent Fabius a pourtant indiqué la semaine dernière que le taux de croissance s’établirait plus probablement autour de 2,7% que de 2,9%. Le quotidien Libération croit même savoir que le gouvernement va ramener sa prévision à 2,4%, ce qui impliquerait des rentrées fiscales moindres que prévues. "Encore moindres", devrait-on dire, puisque l’équipe de Lionel Jospin a déjà reconnu qu’il manquerait 15 milliards sur les recettes escomptées. De quoi placer la majorité face à un dilemme d’autant plus intense qu'approchent les élections : soit elle déçoit les électeurs en revenant sur ses promesses de réduction d’impôts, soit elle se dédit de ses engagements européens en augmentant les dépenses publiques.

Par David Straus le 13 juin 2001 à 07:00
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