Philips ne fabriquera plus de téléphones mobiles

Par , le 26 juin 2001 à 11h01 , mis à jour le 26 juin 2001 à 11h32

Le groupe électronique néerlandais a décidé de ne plus fabriquer lui-même de téléphones portables et de sous-traiter l'activité à une partenaire chinois. C'est l'usine du Mans qui sera la plus touchée en France avec 1142 suppressions d'emplois. Les salariés, qui participent à une journée "usine morte", se sentent "trahis".

ouvriere usine mans licenciement philips © INTERNE

Les craintes des salariés de l'usine Philips du Mans étaient justifiées. La moitié des postes de productions seront supprimés. Le groupe électronique néerlandais Philips a annoncé mardi matin lors d'un comité central d'entreprise qu'il allait cesser de fabriquer ses propres téléphones portables, dans le cadre d'une "restructuration majeure" de cette activité. La fabrication des téléphones portables, actuellement assurée en grande partie en interne en France dans l'usine du Mans, sera à l'avenir assurée par un partenaire chinois du groupe, la société CEC.


600 salariés de l'usine du Mans
participent à la journée "usine morte"-
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Dans la foulée, la direction de Philips France a annoncé la suppression de 1.235 emplois, dont 1.142 au Mans. Daniel Preclin, délégué central CFDT, a précisé que la direction s'était engagée à ce qu'il n'y ait aucun licenciement sec et précisé que le site du Mans ne fermerait pas. Les 1.235 emplois supprimés se répartiront entre le site de téléphonie mobile du Mans (1.142) et les centres de décisions de Montrouge (66) et Suresnes (27). Au Mans, où 597 salariés resteraient "sous l'étiquette Philips" dans la production de téléphones mobiles et l'activité recherche et développement, 280 personnes seraient reclassées à la faveur d'un "partenariat" entre Philips et une société chinoise de téléphonie mobile CECW. "Les premières suppressions d'emplois interviendront fin novembre", a annoncé le nouveau directeur général de Philips Consuler Communication, Axel Ruckert.

"Téléphones portables, salariés jetables"

"On va se retrouver sur le marché face à des BTS, des bacs pro et même des bac+2. Il faut bien comprendre que pour nous,
Philips au Mans, c'était une chance".

Depuis l'annonce en avril dernier par le groupe néerlandais avait de la suppression prochaine de 6000 emplois dans le monde, les salariés s'attendaient au pire. Mais la chute des ventes avaient déjà porté à conséquence avant la publication du plan de restructuration. En décembre 2000, un millier d'intérimaires n'avaient pas vu leur contrat renouvelé. Et depuis janvier, près de 400 départs ont été recensés.

Depuis ce matin 5 heures, les salariés du Mans participent à une journée "usine morte". Une manifestation de salariés dans les rues du centre-ville a rassemblé 550 personnes selon la police, un millier de source syndicale. Ce défilé était organisé à l'appel de l'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-CGC. "Et c'est pour ça que l'on s'est crevés à tenir les cadences?", lance, pâle de rage, Isabelle Houlbert, une ouvrière de 29 ans, qui a accepté, comme beaucoup de femmes chez Philips souvent sans alternative, de travailler en "VSD" (vendredi-samedi-dimanche), 24 heures par semaine pour le SMIC. "Ils pourront dire ce qu'ils veulent, les cadences, je ne les fais plus, c'est fini!"

Le personnel dans son ensemble ne comprend d'ailleurs pas pourquoi l'usine du Mans, dont certains bâtiments sont flambants neufs et où ont été installées récemment des machines ultra-modernes et coûteuses, se retrouve "tout d'un coup hors course". Le téléphone mobile, c'était le top", souligne Manuella, qui se demande désormais comment elle va élever son enfant, avec lequel elle vit seule. Ces jeunes femmes disent attendre leur lettre de licenciement, "au milieu de l'été pour que l'on ne puisse pas se révolter". Le mot "reclassement" fait naître sur leurs lèvres un sourire amer. "On va se retrouver sur le marché face à des BTS, des bacs pro et même des bac+2. Il faut bien comprendre que pour nous, Philips au Mans, c'était une chance".

A l'entrée de l'usine, les salariés ont placardés des banderoles: "La Hollande (pays d'origine de Philips, NDLR), l'autre pays du chômage", "Téléphones portables, salariés jetables". Ils répondent à l'enseigne bleue de la marque, qui trône sur les bâtiments, et sous laquelle on lit: "Faisons toujours mieux".

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Par Sophie Lutrand le 26 juin 2001 à 11:01
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