Le TGV Méditerranée s'est mis au vert

Par D. S. , le 07 juin 2001 à 07h00 , mis à jour le 06 juin 2001 à 18h53

Intégration au paysage, préservation des sites historiques et mesures anti-bruit, la construction du TGV Méditerranée, inauguré aujourd’hui par Jacques Chirac, fait figure de chantier modèle. La pression des écologistes et des associations de riverains a largement permis d’écarter un tracé initial désastreux pour l’environnement, même si certains n’ont toujours pas accepté le passage du TGV.

[Expiré] [Expiré] TGV Méditerranée Marseille Saint Charles mai 2001 © AFP

Quand la SNCF présente, pour la première fois, en 1990, ses études de tracé pour la ligne Paris-Marseille, nul ne pouvait deviner que le chantier allait faire figure de modèle dix ans plus tard. A l’époque, les opposants dénoncent avec virulence ce projet qui va défigurer la Provence. Destruction des paysages, saccage de vignobles réputés des Côtes-du-Rhône et des Coteaux d’Aix ou dangers liés à la traversée de zones inondables ou à la proximité du site nucléaire du Tricastin, ce train est taxé de tous les vices par les écologistes et les riverains.

De manifestations en procès, les opposants entrent en guerre. En mai 1994, le projet est déclaré d’utilité publique mais le tracé finalement adopté ne coïncide qu’à 20% avec le tout premier dessin. "La SNCF a fini par jouer le jeu. Toutes nos propositions ont été étudiées et beaucoup prises en compte", se félicite Marc Guérin, vice-président de la Coordination associative régionale de défense de l'environnement (CARDE), fer de lance des écologistes.

Plus d'un million d'arbres ont été plantés

"Cela nous a obligés à nous remettre en cause, à sortir de nos certitudes", confesse Gilles Cartier, directeur régional SNCF. "La facture des aménagements écologiques représente 15 à 20% des 25 milliards de francs" qu'a coûté la ligne, précise-t-il rappelant, pour mesurer le chemin parcouru, que les études d'impacts n'existaient pas, il y a 20 ans, pour le TGV Paris-Lyon.


Le viaduc de Ventrabren - AFP
Parmi les mesures les plus importantes consenties par la société des chemins de fer, on compte l’élargissement de la zone d'expropriation de 50 à 150 mètres autour des voies, permettant l’indemnisation de 25.000 propriétaires et le rachat de 500 maisons. Le tout pour une facture de deux milliards de francs. Des mesures de protection phonique (antibruit) ont également été prises tout le long du parcours pour limiter à terme les nuisances à 60 décibels.

Une dizaine d'architectes ont aussi planché sur l'intégration de la ligne dans l'environnement à partir d'un schéma directeur paysager. "Il en résulte une unité esthétique des ouvrages d'art et un camouflage des voies réalisé par un modelé des talus, un habillage en pierres du pays et la plantation d’un million deux cent mille arbres et de cent cinquante tonnes de semences pour reconstituer la continuité végétale", explique la SNCF. Certains ouvrages ont été adaptés pour préserver des sites historiques remarquables ou ne pas perturber l'écoulement des eaux en cas de crues du Rhône ou de la Durance.

La ligne a même été détournée de cinquante mètres pour ne pas déranger un couple d'aigles protégés et 200 hectares de zone naturelle ont été aménagés, notamment en Camargue, pour compenser la destruction d'écosystèmes par le chantier. L'efficacité de toutes ces mesures fera l'objet, d'ici cinq ans, d'un rapport confié à un observatoire de l'environnement. Ses conclusions devraient servir à de futurs chantiers.


"La page ne sera jamais tournée"

Dans le concert des louanges, on n’entend plus la voix des derniers opposants au TGV Med’. Pourtant, comme le montre ce reportage du 13 heures du 6 juin 2001 , certains riverains gardent de la rancœur contre ce tracé qui a changé leur vie. Ainsi, Jacques Arques, l’un des 290 expropriés du Vaucluse et qui a reconstruit sa maison 300 mètres plus loin, confie : "La page ne sera jamais tournée sauf quand je serai six pieds sous terre". Son voisin, Jean-Luc Barre se souvient qu’avant, "lorsque le mistral ne soufflait pas, on entendait la Durance". Quant à Jean-Noël Rippert, il promet "d’envoyer la facture de son double-vitrage à la SNCF". Autant de plaintes dont se fait l’écho le livre militant de Mariette Cuvellier, une directrice d’école expropriée. "Le TGV, si on est bien dedans, on est vraiment mal dehors", ironise l’auteur qui accuse le Président Mitterrand d’avoir imposé son tracé "pour faire plaisir à un ami".

"Le TGV du Prince" de Mariette Cuvellier aux Editions Dagorno, (120 francs).

Par D. S. le 07 juin 2001 à 07:00
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