Licencié pour port du bermuda

Par , le 07 août 2001 à 12h13 , mis à jour le 06 août 2001 à 19h04

Le technicien avait refusé de porter un pantalon comme son employeur lui en intimait l’ordre. Le jeune homme demande aujourd’hui aux prud’hommes l’annulation de ce renvoi. Il plaide l’atteinte à la liberté individuelle et la discrimination sexiste.

Cédric Monribot employé Sagem licencié 2001 © INTERNE

"Ce n’est pas une rébellion : j’ai simplement dit ‘non’". Cheveux blonds en bataille, petites lunettes discrètes et le menton souligné d’un bouc, Cédric Monribot paye d’un licenciement son refus d’obéir à son supérieur. Ce denrier lui intimait l’ordre d’abandonner le bermuda et de revêtir un pantalon comme ses collègues. "Quand un ordre n’est pas bon, je ne le respecte pas", explique ce jeune technicien de 29 ans, spécialiste des décodeurs numériques de télévision. "Et cette demande n’était pas justifiée !".

"Quand un ordre
n’est pas bon,
je ne le respecte pas", explique ce jeune technicien de 29 ans

L’affaire commence le 21 mai-du-Rouvray, dans la banlieue de Rouen. Après un printemps . Le soleil brille ce jour-là sur l’usine de la Sagem à Saint-Etiennepourri, Cédric ne résiste pas à l’envie d’enfiler un bermuda pour se rendre au boulot. Avec une ceinture, une chemise et des chaussures de ville, "une tenue tout à fait correcte", il est à cent lieues d’imaginer ce qui l’attend. "J’ai déjeuné avec mon chef et, trois heures plus tard, la direction m’a fait savoir qu’elle souhaitait vivement que je mette un pantalon", se souvient le jeune homme. Il refuse. La hiérarchie se cabre. Un mois passe et chacun campe sur ses positions, jusqu’à ce 22 juin où tombe le couperet.

"A partir d’un incident mineur, est-il écrit dans la lettre le congédiant, vous avez manifesté à l’égard de votre hiérarchie une opposition forte et persistante à l’application d’une consigne simple (port d’un pantalon par les hommes sur les lieux de travail). Nous ne pouvons tolérer qu’un technicien de votre niveau (…) marque publiquement son refus d’adhésion aux valeurs fondamentales de notre société". Rien dans le règlement de l’entreprise n’interdit le bermuda. Cédric n’est que rarement en contact avec la clientèle. Seule est imposée la blouse blanche de coton qui réduit les effets de l’électricité statique, mais devient insupportable par des chaleurs étouffantes.

"Que demandez-vous ?
L’égalité homme-femme
pour le port
du voile islamique,
la jupe et les congés
parentaux ? "

"A moins de porter une culotte courte", argumente Cédric qui s’étonne que la direction ne s’est jamais émue du port de la jupe, voire du bermuda, par les employées. "Que demandez-vous ? L’égalité homme-femme pour le port du voile islamique, la jupe et les congés parentaux ? ", aurait ironisé la direction irritée par l’irrévérent. Voici qu’elle se retrouve aujourd’hui en référé devant le conseil des prud’hommes de Rouen.

"Nous aurions pu demander de lourds dommages et intérêts en attaquant sur l’absence de cause réelle et sérieuse au licenciement", explique Gérard Blomme, responsable à la CGT. " Nous avons préféré exiger la réintégration en plaidant la restriction injustifiée de la liberté individuelle de Cédric et la discrimination sexiste dont il fait l’objet", précise le conseiller du salarié. "J’ai eu des moments de doute, confie le jeune homme, mais le soutien des collègues et des gens dans la rue me convainquent d’aller jusqu’au bout. Même si je dois quitter la région pour retrouver du travail."


Des raisons sanitaires, sécuritaires
ou d'image de marque

Maître Emmanuelle Hellot-Cintract, avocate à Paris : "Un employeur peut imposer une tenue vestimentaire si l’intérêt de l’entreprise le justifie. Il est préférable de le faire explicitement dans un règlement d’ordre intérieur auquel renvoie le contrat d’embauche. Ainsi, peut-on demander le port du costume cravate à un employé en contact avec la clientèle. Si la personne travaille en interne, cela devient plus difficile à justifier. Sauf bien entendu, si des raisons sanitaires ou sécuritaires sont avancées pour imposer une tenue. Mais là encore tout est question de légitimité. Ainsi, les juges n’admettront-ils pas qu’on oblige les employés à porter les cheveux courts ou pour ces motifs alors qu’un bonnet suffit amplement à écarter les risques. De même une barbe ne peut être interdite, sauf si l’on doit endosser le rôle de Peter Pan. Dans tous les cas, le non respect de la consigne ne constitue pas à lui seul un motif de licenciement pour faute grave. C’est le refus répété de respecter l’ordre qui seul pourrait justifier le renvoi. Pour le port d’une kippa ou du voile islamique, qui plus que tout relève de la vie privée, je ne vois pas comment l’interdire, sauf bien entendu si l’employé travaille dans une institution religieuse d’une autre confession que la sienne"

Propos recueillis par D.j.S.

 

Par David Straus le 07 août 2001 à 12:13
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