© INTERNEL'épizootie est apparue en Angleterre il y a près de six mois. Elle devrait coûter au final quelque 22 milliards de francs. "C'est le chiffre prévu. Il inclut tout : les indemnités aux éleveurs, les coûts de personnel, d'abattage, les inspections vétérinaires", a expliqué le porte-parole du ministère de l'Environnement et des Affaires rurales. Et c'est justement le volet "indemnités des éleveurs" pour l'abatage des bêtes qui crée la colère de plus d'un contribuable britannique, car il concerne près de la moitié de la somme. Une ardoise approchant le coût de l'autre récent désastre agricole britannique, la maladie de la vache folle (3,5 milliards de livres).
Au moins 37 multi-millionnaires
La lourdeur de la facture et les accusations réciproques sur les responsabilités des uns et des autres, ont faire voler en éclats l'unité nationale forgée au printemps dernier autour de la tragédie vécue par les éleveurs. La presse britannique a révélé ce week-end que 37 d'entre eux avaient ou devaient toucher des indemnités dépassant les dix millions de francs.
Un éleveur écossais, Jim Goldie, est ainsi devenu bien malgré lui la vedette des média, qui ont affirmé qu'il avait bénéficié de 4,2 millions de livres d'indemnités pour l'abattage de 750 bovins et 800 moutons de race. Jim Goldie a été le premier à importer en Grande-Bretagne des boeufs charolais et il a mis trente ans à façonner un cheptel exceptionnel pour finalement devoir le livrer aux bûchers en mars dernier. Cette "fuite", accompagnée du nom de certains des bénéficiaires, a provoqué la fureur des éleveurs, qui y ont vu un coup bas du gouvernement travailliste pour tenter de les discréditer.
A qui la faute ?
"Ce n'est pas la première fois qu'on essaie de mener une campagne d'opinion contre le monde agricole", a commenté le président du National Farmers' Union (NFU), Ben Gill. M. Gill a ajouté que les éleveurs n'avaient rien à se reprocher dans la gestion de la crise, au contraire du ministère de l'Agriculture, depuis démantelé dans la foulée des élections de juin dernier.
Les éleveurs estiment que le gouvernement est le premier responsable du coût de la crise, pour avoir mené une politique d'abattage intensive et trop souvent discriminée. Une étude de l'économiste gallois Peter Midmore a étayé ces critiques, estimant le coût final de cette politique d'abattage à 5 milliards de livres, alors qu'une campagne de vaccination n'aurait pas dépassé les deux milliards selon lui.
Souvent accusé de chercher à manipuler les média, Downing Street a juré n'avoir en rien initié une quelconque campagne contre les éleveurs. Le porte-parole du Premier ministre Tony Blair a en revanche reconnu que son gouvernement refléchissait à la possibilité de faire cotiser les agriculteurs à des assurances privées, pour éviter de gréver le budget de l'Etat en cas de nouveau désastre.
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