© INTERNEDepuis une semaine, Hyacinthe Lepetit venait manifester tous les jours devant l’usine Kronenbourg à Champigneulles en Meurthe-et-Moselle. Chaque matin, aux environs de dix heures, l’homme se présentait à l’entrée des brasseries où il travailla dix-huit ans. Il restait là jusqu’en milieu d’après-midi. Enchaîné par les poignets à un pilier. Sans résultat. Alors, lundi soir, Hyacinthe Lepetit a décidé d’accentuer la pression et d’y passer la nuit. Puis une autre. Et encore une. Sans succès.
Licencié en juin pour absences répétées, ce machiniste d’une quarantaine d’années veut retrouver son emploi à la brasserie. Ou plutôt, un emploi. Car celui de "soutireur - étiqueteur pour lequel il a été initialement engagé ne lui convient plus et celui de nettoyeur qui lui a été assigné depuis ne lui convient pas. Hyacinthe Lepetit est atteint depuis deux années d’une grave maladie inopérable qui soude inexorablement les vertèbres de son dos.
Incapable de porter de lourdes charges, le salarié s’est adressé à sa direction pour obtenir un reclassement. Ce qui fut fait. De machiniste qualifié, il est devenu nettoyeur. "Chez nous, passer le balais équivaut à une punition ; d’où la démotivation", explique Francis Ruinier, un délégué CGT. "Il existe des postes aménageables, à la fabrication et à l’embouteillage où travaillait Hyacinthe", explique le syndicaliste, "mais la société ne veut pas mettre le prix pour les adapter". Selon Francis Ruinier, "en gros 5% des salariés seraient concernés par des problèmes similaires".
Ouvrir le débat
Que le salarié licencié et ses alliés aient placé là le débat n’est pas innocent. Juridiquement, rien n’empêche Kronenbourg de remplacer un employé qui par ses absences répétées "perturbe le fonctionnement de l’entreprise". Une convention collective lui permet explicitement de le licencier si ses absences dépassent douze mois de congés maladie au cours des 18 derniers mois. Ce qui est le cas, note la société qui précise dans un communiqué reçu mardi par tf1.fr : "Depuis 4 ans, les conditions de travail de M. Lepetit ont été adaptées en l’affectant dans un emploi validé par la médecine du travail. Malgré ces aménagements, les absences répétées se sont poursuivies. Certaines absences, non justifiées, ont d’ailleurs fait l’objet de plusieurs sanctions au cours de ces 2 dernières années".
"Kronenbourg veut s’en tenir au droit, c’est une chose", admet Francis Ruinier, "mais je ne vois pas comment la société pourrait rester sourde à son appel".Photo AFP : Hyacinthe Lepetit devant l'usine Kronenbourg
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