Tobin agace Tobin

Par Christophe ABRIC , le 10 septembre 2001 à 17h43 , mis à jour le 09 septembre 2001 à 17h57

Dans un entretien accordé au magazine allemand Der Spiegel, le prix Nobel d'économie James Tobin n'apprécie pas d'être devenu le symbole de l'anti-mondialisation. S'il a bien suggéré de taxer très légèrement les mouvements financiers, il soutient ouvertement la mondialisation, l'OMC et le FMI.

[Expiré] [Expiré] James Tobin © AFP

James Tobin, économiste américain et prix Nobel d'économie 1981, est devenu malgré lui le fer de lance du mouvement anti-mondialisation. A la suite de l'association Attac!, de nombreux militants ont fait de l'une de ses propositions leur principale revendication, poussant même certains dirigeants à l'envisager avec plus ou moins de sérieux. Tobin avait proposé en 1972 une taxe sur les échanges monétaires internationaux, qui permettrait de "réduire la spéculation et la volatilité des taux de change" et de stabiliser l'économie mondiale. Les anti-mondialistes ont repris cette idée, militant pour son application, et en imaginant des extensions : pour Attac!, par exemple, l'argent récolté par cette taxe pourrait être redistribué vers les pays les plus pauvres, afin d'aider à leur développement.

Aujourd'hui, on ne peut penser à Tobin sans penser à ces mouvements qui conspuent l'OMC et le FMI. Et cela agace l'économiste, qui défend ces deux institutions : "Je crois que cette idée d'ensemble que le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce sont les ennemis des pays en développement est une erreur. Les problèmes de la mondialisation ne seront pas réglés en s'opposant à ce qu'elle aille de l'avant. Tous les pays, comme leurs habitants, tirent profit du libre échange des biens et des capitaux", estime-t-il. Et de poursuivre : " J'estime être aujourd'hui mal compris. J'estime aussi qu'on s'est abusivement servi de mon nom pour des priorités qui ne sont pas les miennes. La taxe Tobin n'est en rien un tremplin pour les réformes dont ces gens veulent. Mais que faire ?"

L'économiste serait certes "heureux si ces sommes parvenaient aux déshérités de la planète", mais pour lui, il y a mésentente. Les militants d'Attac! vont-ils devoir rebaptiser leur revendication première ?

Par Christophe ABRIC le 10 septembre 2001 à 17:43
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