© INTERNEAu lendemain des tempêtes de 1999, le sociologue Pierre Bitoun lit dans un quotidien l’interview d’un haut fonctionnaire qui dénonce l’inefficacité de l’Etat en ces circonstances. "Compte tenu du dévouement et de la solidarité dont ont fait preuve les pompiers, les agents d’EDF et de nombreux fonctionnaires (y compris des retraités), j’ai perçu ces propos comme un déni de réalité. Nous nous sommes mis d’accord, mon éditeur et moi, pour organiser une contre-attaque de fond ", explique Pierre Bitoun.
Quelques mois plus tard, l’auteur publie son "Eloge des fonctionnaires", ouvrage dans lequel il décrypte un à un les moyens par lesquels les néo-libéraux organisent le " grand matraquage de la fonction publique " Trop nombreux, trop gourmands, privilégiés, protégés, paresseux, peureux, toujours en grève, Pierre Bitoun reprend les sept slogans assénés à l’encontre des fonctionnaires et les met à mal, contre-exemples chiffrés et témoignages à l’appui.
La précarisation touche aussi la fonction publique
Y a-t-il pléthore ? "On lit partout qu’un travailleur sur quatre est un fonctionnaire", constate le sociologue. "Moi, je retiens que trois quarts des actifs sont employés par le privé", relève-t-il. L’auteur reconnaît que, de 1980 à 2000, les effectifs dans la fonction publique sont passés de 4,6 millions à 5,4 millions. Il remarque aussi que dans le même temps, les fonctionnaires coûtent 20% de moins à l’Etat, proportionnellement à sa richesse totale. Résultat : la pénurie, dans l’immobilier, dans le matériel et, bien entendu, dans les effectifs.
La sécurité de l’emploi, tant vantée, n’est plus ce qu’elle était, note-t-il. Certes, seuls 300 fonctionnaires sont révoqués tous les ans mais un quart des agents se trouve dans une situation contractuelle précaire. Privilégiés, les fonctionnaires ? Oui, mais pas tous et, surtout, pas tous de la même façon. Il faut distinguer, insiste Pierre Bitoun, entre ce qui relève de l’avantage conquis de longue lutte et le privilège qui ne concerne que quelques nantis de l’administration. Et d’épingler les grands patrons ou les stars du journalisme dont les salaires fascinent plus qu’ils ne choquent.
Ils ont aussi le sens du risque
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Quant au sens de risque qui serait l’apanage de l’entreprise privée, Pierre Bitoun remet les pendules à l’heure. Parle-t-on du risque physique encouru par les militaires, les pompiers, les chercheurs sur virus ou les employés des centrales nucléaires ? De celui, issu de la violence sociale, qu’endurent enseignants et médecins urgentistes ? Du risque juridique qui plane sur les chirurgiens des hôpitaux et, de plus en plus souvent, sur les éducateurs ? Et qu’on ne vienne pas lui dire que le sens de l’initiative est étranger au fonctionnaire ! Il existe, dit-il, quantité d’agents qui entreprennent, parfois contre leur hiérarchie, parfois sans moyens.
Au fil des pages, l’auteur insiste sur la communauté d’intérêts existant entre travailleurs du public et travailleurs du privé. La conclusion n’est rien d’autre qu’un appel à la lutte contre le néolibéralisme et la mondialisation ou, plutôt, comme le souligne le sociologue, "à la mondialisation néo-libérale".
Eloge des fonctionnaires, Editions Calmann-Lévy, 13,74 € (90,20 francs)
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