© AFPSouvent présentée comme l'unique média libre du Proche-Orient, la chaîne d’information en langue arabe Al-Jazira, seule présente à Kaboul et à Kandahar, commence à irriter Washington qui juge "déséquilibrée" sa couverture de l’information. Il reste que la chaîne détenue par le gouvernement du Qatar, un minuscule pays du golfe persique, est la seule à alimenter le monde de ses images sur les frappes anglo-américaines en Afghanistan ou encore à relayer les déclarations du leader islamiste Oussama ben Laden. Et les chaînes américaines, CNN en premier, de racheter ces images si rares.
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Nous sommes accusés de faire passer le point de vue des taliban ou de ben Laden, ce qui n’est pas vrai", se défend le président du conseil d’administration, cheikh Hamad ben Thamer Al-Thani. Il poursuit : "Nous, nous cherchons l’événement". "Durant la guerre du Golfe en 1991, CNN était la seule chaîne par satellite à avoir retransmis les discours des dirigeants irakiens, sans qu’elle soit accusée de se transformer en porte-voix de Saddam Hussein", s’étonne ce membre de la famille régnante des Al-Thani.Fondée en novembre 1995 par l’émir du Qatar lors de son coup d’Etat non violent, Al-Jazira s’est immédiatement mis à dos de nombreux régimes arabes pour ses émissions critiques à leur égard (Qatar excepté) ou abordant des sujets tabous comme la corruption, la démocratie voire la sexualité. Présente dans 31 pays, cette chaîne de 300 employés, dont certains ont travaillé pour l’ancien service arabe de la BBC, s’illustre par sa rupture avec la révérence et la piètre qualité des programmes de ses concurrentes régionales. Ici, pas de soap-opéras égyptiens, ni de jeux niais, mais de l’info en arabe, généralement non censurée, 24 heures sur 24, une présence sur le terrain et des émissions offrant une tribune à certains opposants.
Pour beaucoup, le fait d’être persona non grata dans certains régimes a joué comme une caution de qualité. A tel point qu’avec ses 40 millions de fidèles, la télévision d’information en continu a dépassé l’audience de ses principales rivales, saoudiennes principalement. Dès le début, la gauche et les libéraux arabes ont reproché à Al-Jazira de se faire l’écho des thèses des islamistes quand ces derniers l’accusaient d’être le cheval de Troie d’Israël et des Etats-Unis.
Petit bémol, depuis le début de la nouvelle Intifada, la chaîne ne se limite plus à épingler la tiédeur de certaines capitales arabes à l’égard de leurs frères palestiniens. A mesure que la situation s’envenime, la voix des responsables ou analystes israéliens s’est faite de plus en plus faible jusqu’à se taire complètement. L’indépendance d'Al-Jazira (la Péninsule en arabe, ndlr), se laisserait-elle engloutir par l’idéologie ? Par celle du populisme et de l’audimat, tout au plus.
Malgré une audience aussi large, Al-Jazira peine à conquérir l’indépendance financière. A l’origine, l’émir du Qatar s’était engagé à verser 130 millions de dollars à la nouvelle chaîne. Dans les faits, ce sont plus de 100 millions de dollars qui sont engloutis chaque année dans cette entreprise. Et la publicité, dont le potentiel est estimé à un demi milliard de dollar par an dans la région, ne semble pas vouloir décoller sur la chaîne. De nombreux investisseurs craignent le retour de bâton des gouvernements mis en cause par Al-Jazira. Mais, surtout, les médias arabes et les régies publicitaires sont concentrés entre les mains des géants saoudiens qui, tant pour des raisons économiques que politiques, n’entendent pas participer au développement de la voix discordante de leur voisin qatari.
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