"L'audit effectué sur la base des informations disponibles ne permet pas de trancher en faveur d'un troisième aéroport". S’il ne s’agit pas d’une condamnation du projet, cette conclusion du rapport de la contre-expertise demandée par les opposants au projet semble mettre en doute la pertinence d'un troisième aéroport.
Cette enquête menée par le cabinet londonien MVA, et diffusée par la Fédération nationale des associations d'usagers des transports, estime que Roissy et Orly disposeraient actuellement de suffisamment de capacités pour absorber la croissance du trafic. Les experts britanniques reprennent à leur compte les prévisions de trafic retenues par Ducsai, à savoir un quasi-doublement du trafic aérien en 2020 à 140 millions de passagers sur Paris, tout en soulignant qu'il pourrait encore être supérieur. Ils soulignent de plus la sous-utilisation des deux aéroports, qui pourraient assurer 1,25 million de mouvements par an sur les pistes existantes, soit 75% de plus qu'actuellement."Une telle évolution impliquerait naturellement que soient augmentées les ‘capacités officielles’ des deux aéroports qui sont bien inférieures à celles des autres grands aéroports", soulignent les experts. Des études pour réfléchir au déplafonnement de Roissy et d'Orly, sont politiquement impossibles, a tout de suite tempéré Zemor, président de la Ducsai, la Démarche d'utilité concertée pour un site aéroportuaire international.
L'aéroport d'Orly est limité à 250.000 mouvements d'avions depuis 1994. Roissy est assujetti à une contrainte réglementaire prévoyant que le niveau des nuisances sonores n'excède pas celui enregistré en 1997. Le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot s'est pour sa part engagé en 1997 à limiter à 55 millions le nombre de passagers transitant dans cet aéroport chaque année, un seuil qui sera dépassé dans trois à quatre ans. Le ministre s'est jusqu'à présent refusé à reconsidérer ces limites. Le Premier ministre Lionel Jospin a lui aussi donné en octobre 2000 son accord de principe sur la construction de l’aéroport. Désireux de garantir une transparence sur ce dossier épineux, il avait pourtant annoncé la tenue d'un débat public.
Nul doute que la contre-expertise sera largement discutée jeudi, lors de l'avant dernier débat de Ducsai qui, depuis 6 six mois anime la discussion à Paris et en province. Pierre Zemor tire une toute autre lecture du texte. "Il en ressort que la demande va croître de manière plus rapide, et qu'il y aura moins de reports qu'espéré sur les aéroports régionaux", a-t-il expliqué.