3e aéroport: les doutes des contrôleurs aériens

Par , le 15 novembre 2001 à 16h03 , mis à jour le 14 novembre 2001 à 16h54

Avant même l'annonce ce soir par Matignon du choix du site pour le troisième aéroport francilien, le favori, Chaulnes dans la Somme, fait grincer des dents. Deux représentants des contrôleurs aériens font part à tf1.fr de leurs objections.

Roissy tour de contrôle contrôleur aérien aéroport aviation (DR) © INTERNE

Le gouvernement annoncera ce soir à 18h30 quel site, parmi les huit dossiers déposés, il a choisi pour implanter le troisième aéroport francilien. Chaulnes, dans la Somme, part favori. Alain Serres,  secrétaire général du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien et  Jean-Paul Armangau de l’Union syndicale de l’aviation civile – CGT, nous expliquent que leur profession n’a pas été consultée et que le site ne leur convient pas.


tf1.fr :
Etes-vous pour ou contre la construction d’un aéroport ?

Alain Serres, secrétaire national du SNCTA : Nous y sommes favorables car le niveau d’occupation des aéroports existants est tel que nous n’avons plus de marge de manœuvre, même si la croissance du trafic aérien doit être très basse dans les années à venir. Nous ne croyons pas à la solution des aéroports de province car les compagnies n'accepteront pas d'y atterrir sans contrainte. Or, le droit européen interdit cette contrainte. Enfin, nous partons du principe que, politiquement, le ministre des Transports ne pourra revenir ni sur le plafonnage des vols à Orly ni sur celui du flux de passagers à Roissy.

Jean-Paul Armangau, secrétaire général de l’USAC-CGT : Nous y sommes opposés car il y a moyen de répondre autrement aux besoins des voyageurs en leur proposant des gros porteurs ou des trains rapides. On peut aussi réduire leurs besoins en utilisant les nouvelles technologies comme l’Internet ou la visioconférence pour les affaires et en sensibilisant les gens sur la question du tourisme. Est-il opportun de prendre l’avion pour s’enfermer dans un club à l’autre bout du monde, d’où on ramènera les mêmes photos que son voisin et où l’on vivra ce qu’on aurait pu vivre près de chez soi ?

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tf1.fr : Si l’aéroport est construit, quelles sont vos recommandations pour sa localisation ?

A.S. : Quel que soit l’endroit où l’aéroport sera construit, nous insistons sur la nécessité de construire des pistes dans un axe nord-sud, c’est-à-dire dans un axe différent de celui retenu pour les pistes de Roissy et d’Orly. L’est de Paris nous paraissait catastrophique car les routes aériennes se seraient enchevêtrées avec celles de Roissy et celles des bases militaires (Reims,…). Le nord est une grande zone de trafic aérien au niveau européen avec la proximité des aéroports de Londres et de Bruxelles, notamment. Du seul point de vue de la circulation aérienne, nous penchions donc pour un site au sud, comme celui de Beauvilliers retenu par la Ducsai (1).

J.-P. A. : Puisque nous n'avons pas été consultés sur l’opportunité de construire l'aéroport, nous avons quand même précisé qu’en aucun cas, cette nouvelle plate-forme ne devrait pas se situer au nord, à l’est ou à l’ouest pour des raisons de routes aériennes. Nous avons aussi rappelé que l’arrivée ou le départ d’un avion se préparent dans un cercle de 180 kilomètres. Si on ajoute un nouvel aéroport, il faudra faire voler certains avions à basse altitude plus longtemps pour leur permettre d’approcher Paris. Quand on voit des riverains se plaindre alors qu’ils habitent à 80 kilomètres des pistes… Il faut un grand débat public, un vrai, pas comme celui de la Ducsai (1).

tf1.fr : L’administration semble penser que les contrôleurs pourront se débrouiller avec Chaulnes, un site placé au nord de Paris. Qu’en dites-vous ?

A.S. : On a beau jeu de dire cela quand on n’est ni derrière le manche, ni dans la tour de contrôle. Une chose est certaine, il va falloir se mettre directement à redessiner les cartes aériennes et à négocier avec nos voisins européens sur le sujet. Et, même comme cela, en dédiant certaines routes à Chaulnes, on amputera Roissy et Orly d’une partie de leurs capacités. Evidemment la question du contrôle aérien n’est pas tout. Les ministres auront à se positionner en fonction de plusieurs critères de desserte, de population, etc.

J.-P. A. : L’administration, sa tête du moins, a obéi comme un serviteur docile et a planché sur ce qu’a dit le ministre. J’appartiens à cette administration mais je m’autorise à penser. Les syndicats de contrôleurs, mais aussi de techniciens, n’ont été consultés ni sur l’opportunité du projet, ni sur le choix final du site. Et maintenant, à eux de se dépêtrer !

(1) La Démarche d'utilité concertée pour un site aéroportuaire international, Ducsai, avait pour but de rassembler toutes les contributions susceptibles d'éclairer le gouvernement, non sur l'opportunité de construire un aéroport, mais sur l'endroit le plus adéquat pour l'accueillir.

Par David Straus le 15 novembre 2001 à 16:03
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