Les avions décolleront de Chaulnes

Par , le 16 novembre 2001 à 18h07 , mis à jour le 15 novembre 2001 à 18h17

Le gouvernement a décidé jeudi soir que ce petit village de Picardie accueillera à l’horizon 2020 le troisième aéroport francilien. La plupart des maires de la communauté de communes de Chaulnes ont annoncé leur intention de présenter symboliquement leur démission au préfet de Picardie.

Chaulnes plaque routière aéroport francilien (DR) © INTERNE

Le secret de polichinelle est levé. Chaulnes, petit village picard perdu au milieu des champs de betteraves, a été choisi hier soir par le gouvernement pour accueillir la troisième plate-forme aéroportuaire francilienne. De quoi susciter la colère des maires de la communauté de communes de Chaulnes, qui ont annoncé leur intention de présenter symboliquement leur démission au préfet de Picardie. "Cette démission n'est pas une désertion", a déclaré Jacques Quillet, président de la communauté de communes, "c'est une décision politique contre l'aménagement du territoire. Nous nous battrons jusqu'au bout" (voyez notre papier en lien)

Le futur aéroport, situé à 125 km de Paris, est censé désengorger Orly et Roissy sur le point d’être saturés, selon certains spécialistes. Le gouvernement n'a pas chiffré le coût de la nouvelle infrastructure. Néanmoins, les experts tablent sur une fourchette de 40 à 60 milliards de francs (6,10 à 9,15 milliards  d'euros).

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Par ailleurs, "un plan de soutien au développement des dix grands aéroports régionaux", dont Lyon Saint-Exupéry et Nantes Notre Dame des Landes, a également été arrêté. Il sera doté d'une enveloppe de 5 milliards de francs (760 millions d'euros) de prêts à taux préférentiel d'une durée de 30 ans pour "aider aux investissements aéroportuaires nécessaires".

Chaulnes pleure, Roissy et Orly sourient

Enfin, un projet de loi sera déposé "début 2002 afin de garantir une meilleure  protection des populations riveraines contre les nuisances sonores" et permettre  "une meilleure maîtrise de l'urbanisation autour des aéroports". Concernant Roissy et Orly en particulier, l'Etat s'engage à maintenir le plafonnement des flux et du nombre de voyageurs et promet d'encourager un transfert des vols de fret vers la plate-forme de Vatry.

Il est prévu que le nouvel aéroport soit opérationnel "à l’horizon 2020". A la condition que le projet voit le jour car le dossier pourrait ne pas survivre aux élections. En 1996 déjà, le projet d’aéroport à Beauvilliers (Eure-et-Loir) avait été jeté aux oubliettes par les successeurs d’Alain Juppé. Ce dossier envenime les relations au sein même du gouvernement où l’on a vu s’affronter ces derniers jours le ministre communiste des Transports Jean-Claude Gayssot apparemment favorable à Chaulnes et le ministre de l’Environnement opposé au principe même d’une nouvelle plate-forme. Le choix des ministres émeut également députés et élus locaux. Sans parler des riverains… et électeurs.

(1) Démarche d’utilité concertée pour un site aéroportuaire international.

" Betteraves International Airport "

       

         
          
Située dans la Somme à équidistance (30 kilomètres) d'Amiens (Somme) et de Saint-Quentin (Aisne), la commune est desservie par les autoroutes A1 et A29 et est reliée au TGV Nord par la gare d’Ablaincourt-Pressoir. Ce qui placera le nouvel aéroport à une demi-heure de Roissy. En théorie puisque ces liaisons sont déjà congestionnées. Lihons, Ablaincourt-Pressoir, Vauvillers et Vermandovillers, ces quatre villages abritant un millier de personnes, sont appelés à disparaître sous le tarmac des pistes. Et plus de 17.000 habitants sont concernés par les nuisances, une zone de 40 km sur 8 où toute construction sera interdite. Sans compter les milliers d’hectares de terres agricoles, dont certaines utilisées par Bonduelle, qui risquent d’être arrosées par le kérosène.
       

(Photo d'ouverture AFP : un champ de betteraves à Chaulnes)

Par David Straus le 16 novembre 2001 à 18:07
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