© AFPtf1.fr : Votre démission ne revient-elle pas à quitter le navire en pleine tempête ?
Jacques Quillet (1) : Pas du tout. Une démission ne signifie pas une désertion. Il faut qu’elle soit acceptée par l’Etat, puis de nouvelles élections doivent être organisées auxquelles nous pourrons nous représenter. Pendant tout ce temps, nous continuerons à travailler pour les habitants des communes. Le maire de Vermandovillers reste à son poste pour avoir accès aux documents du dossier mais il compte faire une grève administrative. La solidarité est totale entre les 26 maires de la communauté pour marquer notre totale opposition au projet. Par ailleurs, nous sommes décidés à agir sur le plan juridique. Nous allons demander à un cabinet d’avocats de réfléchir à la manière d’engager un recours juridique.
tf1.fr :
Vous dites n’avoir pas été associés à cette décision mais vous avez pu participer aux débats de la Ducsai (2). Ce n’était pas suffisant ?J.Q. : Pas du tout, c’est au cours de ces débats que nous avons appris qu’il existait un dossier de la chambre de commerce et d’industrie d’Amiens proposant de construire l’aéroport aux environs de Chaulnes. Mais ce dossier est techniquement irréalisable et il était trop tard pour le démontrer. D’ailleurs, dans son rapport, le président de la commission du débat public, Pierre Zémor, ne parle que du rapport Gremetz (3) qui, lui, n’est pas recevable car il ne répond pas au cahier des charges défini par le gouvernement.
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N’avez-vous pas le sentiment de défendre des intérêts particuliers contraires à l’intérêt général ?J.Q. : L’intérêt général n’est pas prouvé. La contre-expertise indépendante commandée en fin de débat prouve même qu’un nouvel aéroport n’est pas nécessaire. Quand on prétend prendre une décision d‘aménagement du territoire, on réalise des études d’impact et on mesure le coût de l’opération. Ca n’a pas été fait. Le directeur de la Datar n’était pas favorable à l’implantation à Chaulnes. Air France, elle-même, aurait préféré Vatry où existe déjà un aéroport. En réalité, le gouvernement a pris une décision politique pour satisfaire les élus et les électeurs de la périphérie parisienne. C’est la gestion du doigt en l’air : on décide en fonction du vent politique du moment.
tf1.fr :
Vous vous rendez à la sous-préfecture de Péronne, ce vendredi. Qu’allez-vous demander au représentant du gouvernement ?J.Q. : S’il est prêt à assumer les conséquences immédiates et futures, psychologiques et financières, de la décision du gouvernement. Pouvons-nous encore accorder des permis de construire ? Le pôle d’activité économique que l’Etat a financé sera-t-il rayé de la carte ? Bref quel est l’avenir proche des petites communes et de leurs habitants ?
(1) Jacques Quillet est également maire de Proyart.
(2) La Démarche d’utilité concertée pour un site aéroportuaire international visait à reccueillir les avis et les expertises permettant d'éclairer le gouvernement sur le choix d'un site. Huit dossiers proposant des sites ont été déposés.
(3) Du nom du député communiste Maxime Gremetz qui se considère comme le père du projet (dès 1996) mais qui n’a pas déposé de dossier en son nom.
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