Doha J-3 : L'école n'est pas une marchandise

Par , le 06 novembre 2001 à 17h19 , mis à jour le 05 novembre 2001 à 17h50

Le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU) Gérard Aschieri s’inquiète de la «marchandisation» de l’enseignement, y compris en France. Le représentant de la principale fédération enseignante craint de voir l’Organisation mondiale du commerce libéraliser l’éducation et la formation.

[Expiré] [Expiré] Gerard Aschieri secrétaire général de la FSU enseignement education (AFP) © AFP


     

tf1.fr : Ce week-end a lieu à Doha, une conférence des pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) visant à lancer un nouveau cycle de négociations commerciales. En quoi l’enseignement est-il concerné par les projets des Etats ?
Gérard Aschieri :
Ces négociations représentent une menace sérieuse pour l’éducation et la formation car certains pays voudraient une extension de l’accord général sur le commerce et les services (AGCS) à ces deux secteurs. Ceci signifie qu’à terme l’éducation et la formation pourraient être soumises aux lois du marché, à la concurrence, à la rentabilité, alors que d’après nous, il s’agit d’un service public. Les Etats-Unis, et plus généralement les pays anglo-saxons sont demandeurs d’une libéralisation, notamment dans les domaines où ils sont à la pointe comme l’enseignement en ligne.

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tf1.fr :
Existe-t-il aujourd’hui en France des indices de cette dérive libérale ?
G.A. :
Avec son programme EduFrance qui s’efforce de vendre de la formation française à l’étranger, le gouvernement contribue à développer l’idée que l’éducation est un service comme les autres. Autre exemple ? Le Centre national de l’enseignement à distance qui est sous le coup de poursuites judiciaires car ses concurrents privés lui reproche une position dominante favorisée par des subventions d’Etat. Plus généralement, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur sont placés dans une logique de marché grandissante. Certains mastères en économie sont purement et simplement sponsorisés par des banques. Et même l’école subit une forme rampante de "marchandisation" avec des goûters offerts par de grandes marques.

tf1.fr : Porto Alegre au Brésil a accueilli récemment le premier Forum Mondial de l’Education qui a réuni 15.000 participants originaires de 60 pays. L’éducation n’est-elle pas déjà à l’heure de la mondialisation ?
G.A. :
Qu’on soit bien clair : nous ne sommes pas contre la mondialisation intellectuelle. Nous disons simplement que l’éducation et la formation ne sont pas des marchandises. Porto Alegre et, quelques mois plus tôt, l’Internationale de l’éducation en Thaïlande ont été l’occasion de montrer que l’enseignement pose bel et bien des questions à l’échelle mondiale. Les pays en voie de développement pointent du doigt le rôle du FMI qui se préoccupe peu que les gouvernements coupent dans les budgets de l’éducation pourvu qu’ils réduisent leurs dépenses. Ils dénoncent le pillage des cerveaux qui se laissent séduire par les salaires offerts dans les pas riches. Toutes ces questions doivent être étudiées à l’échelle planétaire mais au sein de l’Unesco ou de l’Onu et non de l'OMC.

tf1.fr : Comment s’organise la résistance aux assauts des partisans de la libéralisation ?
G.A. :
Par le biais de forums internationaux et de manifestations comme celle du 10 novembre en France, nous agissons auprès des opinions publiques pour qu’elles prennent conscience des dangers et qu’elles obligent les gouvernements, notamment de gauche, à prendre position clairement en faveur de l’enseignement public. Certes, on parle souvent d’impuissance des gouvernements face aux tendances internationales. Pourtant, l’exception culturelle arrachée par la France montre qu’il est possible d’enrayer le processus de libéralisation. Sans doute, dans le contexte international tendu, l’éducation ne sera-t-elle pas la préoccupation centrale des membres de l’OMC. Mais il faut rester vigilants. Nous le serons.

Propos recueillis

Par David Straus le 06 novembre 2001 à 17:19
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