Doha J-1 : L'Europe fait cavalier seul sur le dossier agricole

Par , le 08 novembre 2001 à 11h42 , mis à jour le 07 novembre 2001 à 12h35

Accusée de soutenir ses agriculteurs, de les aider à exporter mais aussi de fermer ses frontières, l'Union européenne devra faire face à nombre de critiques sur sa politique agricole à Doha. Elle aura d'autant plus de mal à introduire des notions qui lui sont chères : environnement, principe de précaution, sécurité alimentaire...

agriculture élevage ferme © INTERNE


Doha-01-
Ne pas servir de monnaie d'échange est le mot d'ordre des agriculteurs à l'approche de la conférence ministérielle de l'OMC à Doha. Lundi, Lionel Jospin s'est voulu rassurant en affirmant que "l'agriculture ne serait pas une variable d'ajustement". Mais ce volet oppose tous les participants. Chacune des forces en présence, Groupe de Cairns (18 Etats partisans du libéralisme dans les relations commerciales), Etats-Unis et pays en voie de développement a au moins un grief avec l'Union européenne. Le groupe de Cairns réclame la suppression des subventions européennes à l'exportation, les pays en développement, l'ouverture du marché européen et les Etats-Unis, la suppression des aides internes aux agriculteurs. C'est le commissaire européen au commerce Pascal Lamy qui aura la lourde tache de défendre les intérêts européens du 9 au 13 novembre.

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Les Etats-Unis soutiennent leur agriculture mais sans le dire

La position de l'Union européenne est au moins claire sur un point : Doha doit permettre de relancer la discussion, qui avait échoué à Seattle en 1998. Elle est prête à négocier mais "à condition que tout le monde joue le jeu". "Une de nos craintes est que les Etats-Unis nous attaquent en règle sur les aides européennes aux éleveurs mais refusent d'admettre qu'elle en fait autant sinon plus", déclare-t-on à la FNSEA, syndicat agricole majoritaire en France. Selon certaines études, les aides américaines seraient même supérieures à celles prévues par la Pac (Politique agricole commune).

Concernant l'accès au marché et donc à la préférence communautaire pratiquée au sein de l'UE, pas question de transiger. "Nous n'accepterons pas d'aller au-delà de l'agenda 2000 et il n'est pas envisageable de remettre en cause le principe de préférence communautaire", déclare-t-on au ministère de l'agriculture. "Il faut privilégier les marchés communautaires qui permettent de rémunérer les agriculteurs", estime également René Louail, porte-parole de la Confédération paysanne. "En revanche, si nous sommes excédentaires, il faut réformer la Pac pour que l'on dissuade les agriculteurs de continuer à produire sans considérer les débouchés". C'est là toute la question des aides à l'exportation que beaucoup, le groupe de Cairns en tête, voudraient voir disparaître.

"Protectionisme vert"

Avant de fourbir les armes, la FNSEA souhaiterait que l'on mette du sens "dans des principes que l'on utilise un peu à tors et à travers. Aujourd'hui, on parle de principe de précaution pour tout et n'importe quoi.

Mais l'Union européenne veut s'imposer sur un autre terrain : celui des préoccupations non-commerciales tels que le principe de précaution, la sécurité alimentaire, l'environnement… Des arguments souvent perçus comme une forme de "protectionnisme vert" par les pays pauvres qui, ne répondant pas aux critères, se voient fermer l'accès au marché européen. Pour preuve du contraire, René Louail explique que ces critères sont tout autant appliqués aux pays européens qu'aux autres. "Nous devons trouver un moyen pour conjuguer liberté des échanges et sécurité alimentaire", avance-t-on au ministère de l'agriculture. Avant de fourbir les armes, la FNSEA souhaiterait que l'on mette du sens "dans des principes que l'on utilise un peu à tors et à travers. Aujourd'hui, on parle de principe de précaution pour tout et n'importe quoi. Il faut définir l'agriculture raisonnée, la multifonctionnalité….". Des thèmes qui, pour le moment ne passionne guère les pays participants à l'OMC.
 

Une posision "claire et ferme"

Lionel Jospin a assuré jeudi que la France défendrait une "position extrêmement claire et ferme" sur le volet agricole à la conférence de l'OMC à Doha, en considérant que l'Union européenne avait déjà fait "plus d'efforts" que les autres dans l'application des accords de Marrakech de 1994. Le Premier ministre a reçu pendant un peu plus d'une heure une délégation de la FNSEA conduite par son président Jean-Michel Lemétayer à la veille de l'ouverture de la conférence.

Par Sophie Lutrand le 08 novembre 2001 à 11:42
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