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Le sultan de Brunei ne cachait pas sa joie, hier, à l’annonce de la création "historique" de la plus vaste zone de libre-échange du monde. Dans dix ans, cet accord conclu hier devrait réunir les dix pays membres de l’Asean (1) et leur gigantesque voisin chinois. La Corée du Sud et le Japon pourraient les rejoindre dans la foulée. Au bas mot, ce marché concernerait près de deux milliards de consommateurs et générerait des échanges pour plus de 1300 milliards d’euros.
DOHA - 01
La mise sur pied d’accords régionaux fait débat à l’heure où les Etats peinent à mettre en œuvre un nouveau cycle de négociations à l’échelle planétaire. Beaucoup, dont le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce Mike Moore, s’en sont émus. Selon eux, la prolifération des ententes locales, souvent à l’initiative de pays puissants, met en péril le bon fonctionnement de l’OMC. Certes ces traités permettent de libéraliser les échanges au niveau local. Mais ils s’accompagnent souvent de dispositions protectionnistes à l’égard du reste de la planète.
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Le reste de la planète ? c’est-à-dire les Etats les plus pauvres, les moins intéressants économiquement. "Chacun veut conclure un accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Mais qui frappe à la porte des plus marginalisés de nos membres ? Seulement nous ", a à plusieurs reprises fait remarquer Mike Moore. Les Brésiliens mesurent bien ce risque, eux qui résistent jour après jour à l’influence des Etats-Unis au sein de l’Accord de libre-échange des Amériques (Alca).
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D’autres pays en voie de développement se satisfont très bien de ces ententes régionales. Ainsi le Bengladesh a-t-il tout intérêt à défendre son accord préférentiel avec l’Union européenne pour le textile, qui lui donne un avantage sur l’Inde et le Pakistan. Difficile dans ces conditions d’enrayer la multiplication de ces accords, notamment douaniers. Depuis la naissance de l’OMC en 1995, leur nombre a doublé atteignant quelque deux cents traités à ce jour et prenant les formes les plus diverses : entre deux pays ou multilatéraux, restreints à certains produits ou généraux, etc. L’OMC n’entend pas les interdire et préfère les encadrer.
L’OMC et les accords régionaux ne sont pas inconciliables : "Aujourd’hui, remarque un diplomate proche de l’Organisation, on n’est plus dans une logique d’opposition entre accords régionaux et accord multilatéral. Les pays veulent les deux". Le meilleur exemple est sans doute celui de l’Union européenne qui, tout en étant l’accord régional le plus poussé, n’en joue pas moins un rôle moteur dans les négociations au sein de l’OMC.
(1) Outre Brunei, cette organisation créée en 1967 compte la Birmanie (Myanmar), le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam.
(Image d'ouverture: l'Asie vue de l'espace (NOAA AVHRR - PlanetObserver - AFP)
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