Doit-on sauver les compagnies aériennes nationales ?

Par Gérard RANSAY, le 09 novembre 2001 à 07h00 , mis à jour le 08 novembre 2001 à 21h46

Les attentats du 11 septembre ont transformé un fort ralentissement du transport aérien en un désastre économique qui ébranle les compagnies du monde entier. Fait nouveau, les compagnies nationales sont touchées, et la disparition pure et simple de certaines est quasi-inévitable.

[Expiré] [Expiré] Sabena Swissair avions sur piste (AFP) © AFP

La faillite déclarée de deux fleurons de l'aviation civile européenne, Swissair et Sabena, fait l'effet d'une bombe dans le secteur du transport aérien, et met en lumière un véritable tabou : la vie sous perfusion financière des compagnies aériennes nationales. Depuis le début du siècle, nombre des compagnies actuelles ont permis au grand public d'étendre son horizon sous pavillon national, et ont acquis un statut surprenant pour des entreprise privées, d'icône étatique. De simples outils industriels, les transporteurs aériens se sont transformés en emblèmes aussi "indispensables" à la fierté publique, que les musées, les stars de football…

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La Libre Belgique
La Meuse
Le quotidien éco L'Echo

Le site de la Sabena
       


         

De nombreux opérateurs financiers fustigent ce scénario d'états sauveurs de compagnies en détresse, ainsi un analyste du Crédit Lyonnais : "nous avons l'habitude d'avoir des compagnies nationales porte-drapeaux en Europe, où il est presque impossible de se débarrasser de ces vieilles habitudes. La Commission européenne devrait "faire le ménage" dans le secteur."

Sabena perdait de l'argent depuis 1957

L'exemple de la compagnie aérienne nationale belge est assez révélateur des us et coutumes du secteur. Sabena est morte officiellement mercredi, après 78 ans d'une existence pour le moins chaotique (déficitaire depuis 1957) mais Bruxelles a aussitôt annoncé la création d'une nouvelle compagnie, aux ambitions plus réduites. Cette faillite a été ressentie comme une véritable catastrophe nationale en Belgique et le sauvetage organisé par le gouvernement belge est un geste politique qui échappe à toute démarche économique. Créée en 1923, la Sabena était en effet considérée comme un des rares symboles nationaux d'un pays en proie aux divisions communautaires. Malgré l'empressement des Etats concernés à voler au secours des compagnies en perdition, l'assistance à la Sabena devra toutefois passer sous les fourches caudines de la Commission européenne, qui veillera à ce qu'elle ne bénéficie d'aucune aide étatique déguisée.

La Suisse aussi a fait du bouche-à-bouche à Swissair

A Zurich, la fameuse quiétude helvétique été réellement bousculée par les manifestations des salariés de Swissair qui luttaient pour préserver leurs emplois. En Suisse aussi, l'Etat a réagi devant l'ampleur du dérapage social, et a injecté plusieurs centaines de millions de francs suisses pour "sauver les meubles" de leur champion national. Dans le schéma envisagé, Swissair devrait renaître de ses cendres via son ex-filiale Crossair. La cerise indispensable au gâteau, est une aide de 2,5 milliards de francs suisses (1,7 milliard d'euros) que les autorités publiques mettront en œuvre pour permettre à Swissair de passer l'hiver et de participer à la recapitalisation de la nouvelle compagnie. Le gouvernement suisse a justifié son intervention en soulignant qu'il s'agissait de sauver des emplois (le groupe Swissair employait avant la crise quelque 70.000 personnes) et de maintenir un réseau aérien international. Selon un analyste, pour Sabena comme pour Swissair, "la viabilité de l'entreprise ne rentre plus en jeu. C'est un problème totalement politique" !

De nombreux experts sont persuadés que seules trois ou quatre grandes compagnies nationales exploitant un réseau international, subsisteront à terme en Europe. En tête des pronostics Lufthansa, British Airways et Air France. Les autres deviendraient, curieux concept, des compagnies nationales "régionales" qui draineront du trafic en direction des grandes entités indiquées ci-dessus. Parmi les futures victimes figurent Alitalia, (détenue à 53% par le ministère italien de l'Economie) la compagnie irlandaise Aer Lingus, déjà au bord de la faillite, et puis Ibéria, ex-fierté nationale espagnole qui se prépare à supprimer 3.000 emplois.

La survie des compagnies nationales dépendra de la volonté des gouvernements en place de laisser faire le marché, ou de maintenir les "champions nationaux" sous assistance financière permanente, la logique de bilan contre le prestige en somme. 

Par Gérard RANSAY le 09 novembre 2001 à 07:00
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