Ingénieurs mais pas égaux

Par , le 12 novembre 2001 à 17h34 , mis à jour le 09 novembre 2001 à 18h04

Une étude de l’Insee décortique les salaires des ingénieurs diplômés de France. Elle révèle les disparités entre les rémunérations et les explique principalement par l’expérience professionnelle et l’école dans laquelle ils ont reçu leur formation. La carrière est aussi fonction de l’origine sociale.

[Expiré] [Expiré] Polytechniciens Ingénieurs défilé 14 juillet 2001 © AFP

Question salaire, être ingénieur, ça paie. Et souvent, très bien. Deux chercheurs de l’Insee ont passé au scanner la profession et révèlent que, l’année dernière, les 400.000 ingénieurs salariés ont perçu une rémunération brute mensuelle de 31.000 francs (4730 €), hors stocks options. Il s’agit d’une moyenne bien entendu, car l’étude montre que les 10% les moins bien payés gagnent environ 16.500 francs par mois (2500 €). Pas trop mal mais c’est trois fois moins que les 10% les mieux payés qui, eux, empochent plus de 50.000 francs (7600€) tous les mois.

Deux facteurs principaux expliquent ces disparités de salaires : l’expérience professionnelle et l’école de sortie. Après 26 ans de services, un ingénieur peut espérer gagner trois fois plus que son collègue débutant. Ceci expliquerait en partie la différence de salaire de 13% entre les hommes et les femmes, celles-ci étant généralement plus jeunes que leur collègues masculins.

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L'étude complète
sur le site de l'Insee

     

Le sésame, c'est l'école

Qui dit ancienneté dit ascension hiérarchique, une autre explication à la disparité des salaires. Un non cadre gagnera en moyenne 4,5 fois moins que son pdg. L'expérience n'est pas tout. Pour grimper dans l’échelle des responsabilités, mieux vaut sortir d’une école réputée. Après 16 ans d’expérience, un tiers des anciens de Polytechnique, des Mines de Paris ou de Centrale Paris occupent des postes de directeur, dg ou pdg contre un cinquième seulement pour le commun des ingénieurs.

La loi du diplôme ne s'arrête pas là. "Sortir de l'Ecole polytechnique procure un gain de 37%" par rapport à l'INSA Lyon qui a servi de référence, relèvent Loïc Le Pellec et Sébastien Roux, les auteurs de l’étude. D'une manière générale, confirment-ils, "les plus grandes écoles, Centrale, Mines, Ponts et  Chaussées restent dans le groupe de tête" et "leur diplôme apporte un bénéfice pécuniaire compris entre 20 et 30 %".

Merci papa, merci maman

Or, l’accès à ces prestigieuses institutions reste encore grandement déterminé par les origines sociales. Plus de 60% des élèves de Polytechnique et cie ont un père cadre contre 3,5% pour ceux ayant un père ouvrier. Globalement d’ailleurs, les ingénieurs sont plutôt issus de milieux favorisés, 43% ayant un père cadre et 49% une maman au foyer. Même si l'impact est faible, cette origine sociale intervient durant toute la carrière de l'ingénieur : un fils d'ouvrier gagne 12 % de moins qu'un ingénieur, fils de cadre. Une injustice qui existe y compris quand l’un et l’autre ont appartenu à la même école.

A noter encore, l’opposition entre fonctionnaires et salariés du privé qui se marque par une différence de salaire de 25% au profit des seconds. Dans le privé, les ingénieurs les mieux rémunérés sont ceux dont l’activité s’éloigne le plus du métier d’ingénieur, avec une prime pour la banque, l’audit et le conseil (+7%). Les bureaux d’étude technique et d’ingénierie à l’inverse paient le moins. Enfin, on retiendra que Paris paie 12% de plus que la province.

Par David Straus le 12 novembre 2001 à 17:34
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