OMC : l'union des contraires

Par D.S., le 05 novembre 2001 à 16h32 , mis à jour le 02 novembre 2001 à 16h49

A partir de vendredi, les 142 membres de l’Organisation mondiale du commerce doivent se rencontrer à Doha, capitale du Qatar, pour décider de l’opportunité de lancer un nouveau cycle de négociations commerciales. Les pays en voie de développement exigent comme préalable une ouverture des marchés occidentaux à leurs produits.

globe terrestre terre planète sur plateau (AFP) © INTERNE


       

Veulent-ils seulement se mettre d'accord ? Les Asiatiques, renforcés par l’arrivée de la Chine à la table des négociations, exigent avant tout l’ouverture des marchés occidentaux et refusent de faire des concessions sur des questions non directement liées au commerce, comme l’environnement ou le social. Ces demandes sont à peu près celles de l’ensemble des pays en voie de développement (PVD), l’Afrique réclamant aussi une révision du mode de décision au sein de l’organisation. Même entre eux, les pays riches peinent à trouver une position minimale commune. Au point de menacer la réussite de la conférence comme à Seattle en 1999.

Brevets et médicaments. Les pays doivent discuter de l'accord sur la propriété intellectuelle (Trips  en anglais, ADPIC en français) et de son application aux médicaments. Plus de 60 PVD, emmenés par le Brésil et l'Inde, veulent une déclaration affirmant que cet accord commercial ne les empêche en rien de prendre des mesures de santé publique, par exemple pour lutter contre le sida. Les Etats-Unis, du moins certains responsables, la Suisse et le Japon réclament que les brevets continuent à être strictement protégés. A lui seul, ce sujet pourrait faire capoter la conférence.

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L’agriculture et le textile. Les PVD, en particulier le Brésil, exigent l’inclusion de l’agriculture dans le nouveau cycle. Ils reprochent aux Etats-Unis, à l’Union européenne et au Japon de soutenir leurs exportations de produits finis et d’appliquer des taxes trop élevées et des quotas sur les matières premières des pays les plus pauvres. Le dossier est tout aussi brûlant entre les pays riches. Depuis quelques jours, Washington et Tokyo sont à couteaux tirés, les Japonais refusant de transiger sur les lois anti-dumping et les droits compensatoires américains. Conflit également entre les Américains et les Européens, les premiers voulant un large accès au Vieux Continent, les seconds jouant la carte de l’environnement (OMG, hormones, etc) pour s’y opposer. La France, en particulier, continue de batailler en faveur du maintien des subventions agricoles au risque de briser l’unité européenne. Les positions sont à peu près identiques sur la question du textile.

Les services. Citons dans ce dossier l’exception culturelle qui refait surface avec, pour héraut, la France. Cette dernière veut maintenir son soutien direct à la production et à la distribution audiovisuelle. Ce qui fait grincer des dents de part et d’autre de l’Atlantique.

L’environnement. La plupart des PVD n’y voit qu’une préoccupation de nations riches et les Etats-Unis n’ont pas envie de s’embarrasser de telles questions. Résultat : le texte final prévoit, en gros, que le commerce ne doit pas faire obstacles aux préoccupations environnementales et vice versa. Le grand écart…

Le pétrole. Les monarchies du Golfe peinent à tirer profit de la libéralisation des échanges car le brut n’entre pas dans les négociations. Mais le pétrole n’est pas tout. Le Moyen-Orient reproche aussi à l’Union européenne, son principal partenaire, d’appliquer des tarifs douaniers trop élevés sur l’aluminium, l’acier et la pétrochimie. Doha ne devrait rien y faire : aussi longtemps que l’Arabie Saoudite, qui représente 65% de l’économie régionale, restera en dehors des négociations, la voix des monarchies pétrolières comptera pour peu.

Les normes sociales. L’idée d’adjoindre à tout traité de commerce un volet social trouve peu de partisans. Liberté syndicale, abolition du travail forcé et de celui des enfants, fin des discriminations au travail sont autant de principes édictés par l’Organisation internationale du travail, mais que les pays les plus pauvres voient comme des mesures de protectionnisme déguisé.

Par D.S. le 05 novembre 2001 à 16:32
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