L'OPEP contre-attaque

Par Gérard RANSAY, le 16 novembre 2001 à 07h30 , mis à jour le 16 novembre 2001 à 10h04

L' organisation des pays producteurs de pétrole -OPEP- affronte en ce moment les producteurs qui ne sont pas membres du cartel. L'OPEP refuse en effet, catégoriquement, de diminuer sa production de façon unilatérale.

reunion opep petrole © INTERNE

Les marchés des matières premières sont comme leur cousin des valeurs mobilières, ils détestent l'incertitude. Dès la diffusion mercredi soir, d'un grave désaccord entre pays producteurs de pétrole la sanction n'a pas tardé, le baril de Brent de la mer du Nord, référence sur l'International Petroleum Exchange (IPE) de Londres, a vu son cours piquer du nez pour atteindre 17,10 dollars le baril, après avoir ouvert à 18,45 USD à la corbeille. Vendredi soir le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison rapprochée en janvier, nouvelle référence sur l'International Petroleum Exchange (IPE) de Londres, a enfin effectué une pause et valait 17,58 dollars le baril, après avoir ouvert à 17,85 dollars à la corbeille.

La brouille des producteurs de pétrole a un effet très négatif sur les cours des différents types de brut, et selon Tony Machacek, analyste à la maison de courtage Prudential Bache, il ne faut pas chercher plus loin les causes de cette baisse brutale. L'OPEP se déclare prête à réduire sa production de 1,5 million de barils par jour au premier janvier, à condition que les producteurs hors OPEP, le Mexique, la Norvège, mais surtout la Russie, fassent également un geste. Pour les producteurs "hors cartel" c'est une véritable menace de guerre des prix", et selon plusieurs analystes de ce marché, les prix pourraient bien plonger jusqu'à 10 dollars le baril.

Bras de fer désastreux avec la Russie

L'OPEP prend des risques en durcissant sa position face à la Russie, car en en réduisant sa production de 1,5 million de barils par jour, le cartel ramènerait sa part de marché (d'environ 39,3% actuellement) à ses niveaux de 1990 (soit 37,5%). Le danger d'une telle érosion est réel, L'OPEP a décidé qu'elle n'acceptera pas ce recul, et "la Russie a été désignée comme le principal coupable" parmi les pays non membres du redoutable outil de Lobbying qu'est le cartel des pays producteurs. Rancunier, l'OPEP n'a en effet pas pardonné à la Russie, d'avoir promis d'abaisser sa production, avant en fait de l'augmenter d'un demi-million de barils par jour . Les russes ont un point de vue de la situation très différent, et le Premier ministre russe Mikhail Kasyanov avait opposé plus tôt dans la journée, une fin de non recevoir à l'OPEP, en déclarant que son pays "ne réduirait pas de manière importante" sa production. La situation semble bloquée et selon le ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi si Moscou refuse de coopérer avec l'OPEP, elle prend le risque d'une course aux parts de marché potentiellement "désastreuse".

Guerre des nerfs, guerre des prix sont donc le lot du marché du brut, la seule certitude est que désormais ni l'OPEP, ni la Russie ne peuvent réguler le marché seul. Des négociations entre les deux parties seront inévitables sous peine de donner raison à ceux qui pronostiquent déjà un crash du baril de brut sans précédent.

Par Gérard RANSAY le 16 novembre 2001 à 07:30
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