"Paraplégique mais pas collé à mon bureau"

Par , le 09 novembre 2001 à 17h28 , mis à jour le 08 novembre 2001 à 18h12

Ils sont 210 000 à chercher du travail en France aujourd'hui et continuent à en trouver moins vite que les autres. Certains pourtant ont réussi. Mieux, ils font ce qu'ils n'imaginaient pouvoir faire avec leur handicap. Témoignages glanés à deux jours du lancement de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées.

handicapés © INTERNE

Laurent Delamare, 30 ans, commercial à Rouen

J'ai eu un accident de voiture il y a dix ans qui m'a laissé paraplégique. J'ai quand même passé mon

"Mes clients ne peuvent pas me dire que je ne sais pas de quoi je parle".
bac et enchaîné sur un brevet d'éducateur sportif handisport. Mais je ne trouvais pas de travail. Cap emploi (structure d'insertion par le travail des personnes handicapées) m'a alors conseillé de me tourner vers le tertiaire. J'ai suivi une formation de secrétariat qui m'a bien servi car j'ai trouvé du travail tout de suite après. Un peu plus de deux ans plus tard, j'ai été contacté via Cap emploi par le responsable d'une société spécialisée dans l'aménagement de voitures pour les personnes handicapées. Il cherchait un commercial et il m'a embauché. C'est vrai que mes clients ne peuvent pas me dire que je ne sais pas de quoi je parle. Il a fallu adapter mon propre véhicule mais c'est à peu près tout. Aujourd'hui je me déplace beaucoup et ce n'est pas pour me déplaire. Pour moi, être paraplégique, cela voulait dire rester collé derrière un bureau toute sa vie. Là, je bouge, je vais démarcher des particuliers, des associations… Mon handicap ne me gêne pas, au contraire, j'ai l'impression que les vendeurs automobiles comme les clients sont plus attentifs à ce que je dis.

Jean-Pierre Botto, 31 ans, sellier à  Varambon (Ain) et meilleur ouvrier de France 2001

"Ca m'a donné confiance en moi et cela montre aux autres handicapés qu'ils sont aussi capables que n'importe qui à partir du moment où ils ont bien été orientés", Jean-Pierre Botto, meilleur ouvrier de France.

Je suis paraplégique depuis mes 17 ans, à la suite d'un accident de moto. Ma scolarité a donc été sommaire. Mais moralement et physiquement, je n'étais pas prêt à poursuivre mes études. Il m'a fallu quatre ans pour me refaire une santé. Je n'ai pas cherché de travail parce que je n'avais pas de formation et je savais que ça allait être dur. J'ai passé un CAP de sellerie-arnachement. J'ai monté ma propre entreprise de sellerie pour être tout à fait autonome. A mon avis, ce n'est pas plus difficile que pour une personne valide. Le plus dur c'est de tout faire seul. En 2001, j'ai été élu meilleur ouvrier de France ce qui était une grande surprise parce que je suis un tout jeune sellier. Ca m'a donné confiance en moi et cela montre à d'autres handicapés qu'ils sont aussi capables que d'autres à partir du moment où ils ont bien été orientés. Même si les portes sont fermées, il faut les ouvrir.

Jean-Pierre Inglart, 49 ans, pdg de Lolly Voyages dans le Nord, emploie 4 personnes handicapées

"S'ils ne m'avaient pas dit qu'ils sont handicapés, je ne sais pas si je m'en serais aperçu ".

A l'époque, je cherchais des conducteurs de bus et je n'en trouvais pas. Grâce à l'Agefiph, j'ai recruté un premier chauffeur handicapé. Au départ, j'étais un peu réticent mais je n'ai eu qu'à me féliciter de cette décision et depuis j'emploie quatre personnes handicapées, tous chauffeurs de bus, sur 27 salariés. Deux d'entre eux ont un handicap un peu plus lourd, bras invalide et problème de colonne vertébrale, et ne peuvent conduire que des bus automatiques. Ils sont complètement autonomes et je ne les considère pas du tout comme handicapés. S'ils ne me l'avaient pas dit, je ne sais pas si je m'en serais aperçu. Il me semble également que ces personnes ont dû beaucoup souffrir et apprécient d'autant plus de travailler. L'entreprise reçoit une prime de 10 000 francs au moment de l'embauche et 5 000 francs douze mois plus tard. Mais honnêtement, je ne l'ai pas du tout fait pour ça.

"Si on brisait la glace"

Aujourd'hui 210 000 personnes handicapées sont à la recherche d'un emploi et l'embellie leur a beaucoup moins profité qu'aux autres. La loi du 10 juillet 1987 qui impose à chaque entreprise de plus de 20 salariés d'employer 6% de personnes handicapées n'est que très peu suivie.

Numéro indigo :
0 825 03 4000
Le site de l'Adapt
Le site de l'Agefiph

La semaine pour l'emploi des personnes handicapées intitulée, "Si on brisait la glace", se déroule partout en France du 12 au 18 novembre et démarrera dimanche à Paris. Les Parisiens sont invités à manifester leur soutien en apposant leur empreinte colorée sur une fresque géante.
Une plate forme téléphonique sera mise en place pour recueillir les offres d'emploi ainsi que les CV de personnes handicapées. L'an dernier, près de 5000 offres avaient été recueillies.

Par Sophie Lutrand le 09 novembre 2001 à 17:28
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