Pourquoi se sont-ils pacsés ?

Par , le 15 novembre 2001 à 17h44 , mis à jour le 14 novembre 2001 à 18h17

Le Pacte civil de solidarité (Pacs) fête ses deux ans aujourd'hui. 46 000 couples ont signé un Pacs depuis : engagement l'un envers l'autre, intérêt financier ou pratique, les motivations diffèrent d'une histoire à l'autre. Portrait de trois couples.

pacs couple homosexuel mairie © INTERNE

Johanne, 27 ans, directrice de la création dans une agence publicitaire à Paris
"C'était surtout pour conduire la voiture de fonction de mon copain"

La motivation : "Nous nous sommes pacsés le 17 juillet dernier au tribunal de grande instance du 14ème arrondissement. Mon copain et moi sommes ensemble depuis neuf ans. C'était surtout pour des questions de papiers. Je voulais conduire sa voiture de fonction et nous avions le choix entre le mariage, le concubinage et le Pacs. Le concubinage, ça ne me dit vraiment rien, le mariage on y pense mais pas pour tout de suite. C'est comme une étape avant le mariage, une façon de le rendre plus facile puisque les papiers sont déjà faits.

"Nous serions venus pour une photocopie de nos cartes d'identité, ça n'aurait pas pris
plus de temps. "

La cérémonie : Nous étions les 50ème pacsés du TGI du 14ème arrondissement. Nous étions bien habillés mais pas comme pour un mariage. De toute façon, ça a été très vite expédié. La salle était mochissime, les personnes nous regardaient de traviole et il a fallu que j'explique au greffier pourquoi on ne se mariait pas. Nous serions venus pour une photocopie de nos cartes d'identité, ça n'aurait pas pris plus de temps. C'est un peu dommage, surtout pour les couples homosexuels qui eux n'ont pas la possibilité de se marier.

La famille : Nos parents ont très bien pris la nouvelle. C'est plutôt la génération précédente qui n'a pas compris : mes grands-parents m'ont demandé pourquoi je me pacsais alors que c'est réservé aux homosexuels !

L'après Pacs : Avec mon copain ça n'a rien changé sinon que je ne sais plus trop comment le présenter : parfois je l'appelle mon "pacsou" ! Le diplôme ne trône pas sur la cheminée. Pour être honnête, je ne sais même plus où je l'ai rangé !

Rob (Hollandais), 49 ans et Alain, 46 ans, artisans d'art à Saint-Cirq-Lapopie (Lot)
"Pour que ceux qui se sont battus, ne l'aient pas fait pour rien"

La décision :
- Rob : "Nous sommes ensemble depuis 12 ans. J'avais suivi les discussions à l'Assemblée à la télévision et dès que le Pacs a été voté, nous avons décidé de le faire, pour que les gens ne se soient pas battus pour rien. En Hollande, le mariage des homosexuels est non seulement légal mais ils ont également le droit d'adopter des enfants. En France avant le Pacs, il n'y avait rien".

"Dans les petits villages, tout se sait alors soit on ne dit rien et on fait l'objet de toutes les curiosités, tous les fantasmes, soit on ne se cache pas, ce que nous faisons, et ça se passe bien. "

La cérémonie :
-
Alain : "C'était en janvier au tribunal de Cahors. On est tombé dans une salle remplie d'avocats. Je me suis dit qu'il allait falloir signer devant tout le monde mais en fait on s'était trompé de pièce !"
- Rob : "C'était un tout petit bureau avec une photocopieuse et une table. J'ai essayé de détendre l'atmosphère en demandant à la greffière si on pouvait mettre un peu de musique, ça ne l'a pas fait rire."

La fête :
-
Rob : "Des amis nous ont fait une fête surprise. Nous étions une cinquantaine avec une pièce montée et une montagne de cadeaux".

Le regard des autres :
- Alain : "Dans les petits villages, tout se sait alors soit on ne dit rien et on fait l'objet de toutes les curiosités, tous les fantasmes, soit on ne se cache pas, ce que nous faisons, et ça se passe bien. Le Pacs les a même rassurés.

Mathieu, 24 ans, graphiste et Rémi, 24 ans, commercial, à Paris
L'un est pour, l'autre y réfléchit

La demande :
- Rémi : "J'avais pris tous les renseignements nécessaires. Mathieu rentrait de voyage, je lui avais préparé une belle lettre et une enveloppe avec tous les papiers. Il n'avait plus qu'à signer. C'était il y a un an et demi. Heureusement que je n'ai pas investi des millions dans une bague !"

La motivation :

"Le Pacs, c'est un peu comme une voiture. On peut y mettre toutes les options que l'on veut mais moi
je n'arrive pas
à me décider
sur le modèle ! "


-
Rémi : "C'est plus symbolique qu'autre chose, faire exister un "nous" aux yeux des autres, de l'Etat, de l'administration. C'est plus pratique si l'on veut acheter un appartement à deux ou bien s'il arrive quelque chose à l'un de nous. J'aimerais bien mettre Mathieu sur ma mutuelle par exemple.

Les réticences :
- Mathieu : "Le Pacs, c'est un peu comme une voiture. On peut y mettre toutes les options que l'on veut et moi je n'arrive pas à me décider sur le modèle ! Plus sérieusement, ça m'ennuie de le faire juste pour l'aspect financier. Le Pacs n'a pas encore d'identité symbolique, cela reste très administratif.

La fête :
- Mathieu : "Si nous nous pacsons, j'aimerais faire une grande fête avec nos amis et la famille".
-
Rémi : "Moi, je ne suis pas très fête. C'est moins le jour même qui m'importe que ce que cela implique par la suite. C'est tout aussi contraignant qu'un contrat de mariage. J'attends que Monseigneur se décide !".

Le Pacs, mode d'emploi

Pacs ou concubinage, que choisir ?

Par Sophie Lutrand le 15 novembre 2001 à 17:44
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