Le succès de Doha menacé par les médicaments ?

Par Matthieu DURAND, le 09 novembre 2001 à 07h00 , mis à jour le 08 novembre 2001 à 18h49

"Lever" les brevets des médicaments pour permettre à chacun d'avoir accès aux soins. Les pays en développement militent pour cette conception du droit à la santé. Les Etats-Unis s'y opposent farouchement. Un vif débat qui sera au coeur de la conférence de l'OMC à Doha.

médicament © INTERNE

Soixante pays en développement présenteront un front uni lors de la conférence de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha (voir encadré). Leur objectif : pouvoir produire ou acheter à moindre coût des médicaments brevetés par les grands groupes pharmaceutiques. Face à eux, se dresseront, derrière la Suisse et les Etats-Unis, les tenants d’un strict respect de la propriété intellectuelle. L’opposition risque d’être si vive que Mike Moore, le directeur général de l'OMC, a prévenu jeudi qu’elle pourrait "bien être la cause d'un échec" de la conférence.

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Au centre de ce vif débat, l’accord de l’OMC sur les "aspects des droits de propriété intellectuelle  qui touchent au commerce" (Adpic en français ; Trips en anglais). Les pays en développement souhaitent soumettre cet accord aux impératifs de santé publique, à savoir permettre à leur population de se procurer des médicaments moins coûteux. Ils prônent ainsi le recours aux médicaments génériques, fabriqués par des laboratoires "locaux". Ce qui implique de "lever" les brevets détenus par les industries pharmaceutiques. L’accord Adpic donne ce droit aux Etats, sous certaines conditions. L’Afrique du Sud et le Brésil avaient ainsi défendu ce principe de produire ou d’importer des médicaments génériques dans le cadre de la lutte contre les ravages du sida.

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis et la Suisse, qui abritent le siège de grands groupes pharmaceutiques, sont opposés à une telle démarche. Lever un brevet reviendrait à priver les laboratoires de bénéfices compensant les lourds investissements qu’ils ont consacrés à la recherche. L’année dernière, les grands groupes s’étaient ainsi unis pour engager des actions judiciaires à l’encontre de l’Etat Sud Africain tandis que les Etats-Unis avaient déposé une plainte contre le Brésil devant l’OMC. Face à la mobilisation des ONG et de l’opinion publique, ces actions ont été abandonnées au printemps dernier.

"Double standard" américain

La conférence de Doha sera l’occasion pour les pays en développement d’orienter l’accord Adpic en faveur du droit à la santé. Ils ne manqueront pas de rappeler aux Etats-Unis et au Canada que dernièrement, ils n’ont pas hésité à imposer à Bayer la baisse du prix du Cipro (ciprofloxacine), un antibiotique utilisé pour le traitement de la maladie du charbon... après l’avoir menacer de lever son brevet sur ce produit. 

 

Par Matthieu DURAND le 09 novembre 2001 à 07:00
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