Grève des généralistes : "ce n'est qu'un round d'observation"

Par Franck LEFEBVRE, le 15 janvier 2002 à 15h34 , mis à jour le 14 janvier 2002 à 16h18

Les négociations entre la Cnam et les médecins généralistes reprennent ce mardi... mais sans l'Unof. Le syndicat majoritaire chez les généralistes a confirmé lundi son refus de dialoguer avec la Cnam et appelle à durcir la grève des gardes. Michel Chassang, président de l'Unof, s'en explique sur tf1.fr.

michel chassang © INTERNE

tf1.fr : Ne craignez-vous pas que le refus de l’Unof de participer aux négociations ait un impact négatif sur l'image de la grève des médecins dans l’opinion ?

Docteur Michel Chassang, président de l’Union Nationale des Omnipraticiens Français (Unof) : Pas du tout ! L’opinion sait très bien que la Cnam ne dispose d’aucune marge de manœuvre. Lorsque le gouvernement décide de ponctionner l’assurance maladie de 17 milliards pour financer les 35 heures, tout le monde sait pertinemment qu’on ne lui a pas demandé son avis. Il est évident que la Caisse sert de leurre, qu’elle est utilisée comme paravent par le gouvernement. Nous sommes donc pour l’instant dans un simple round d’observation. De plus, nous n’avons pas fait deux mois de grève pour n’obtenir qu’une augmentation symbolique de nos honoraires et des propositions élaborées dans l’urgence, sans concertation et sans réflexion. Je veux parler notamment de l’éclatement des consultations en "consultations lourdes" et "consultations légères". Tout ce que fait un médecin généraliste est "lourd" ! Rassurer quelqu’un qui n’a pas de réelle maladie, c’est aussi important que soigner un cancéreux.

tf1.fr : Qu’arrivera-t-il si les discussions de mardi débouchent sur un accord entre la Cnam et d’autres syndicats ?

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Dr Chassang : Le danger qu’un accord soit signé avec des syndicats minoritaires n’est pas mince. Et il est vrai que notre pays a pris la mauvaise habitude d’appliquer ce genre d’accords. Toutefois, cela ne résoudrait rien. J’ai même peur, si un accord est signé demain sur les bases actuelles, que ça n'enflamme complètement le monde médical. Il n’est pas exclu alors que le mouvement nous échappe complètement. On pourrait assister à la création de coordinations dans les départements – et les syndicats seraient mis sur la touche.

tf1.fr : Quelle est votre position vis-à-vis des praticiens qui ont décidé d’augmenter unilatéralement leurs tarifs ?

Dr Chassang : Nous ne sommes absolument pas favorables à ce genre d’initiatives. Ce n’est pas la consigne que nous avions donnée. Nous avons toujours, à l’Unof, défendu les moyens d’action légaux : la grève, et rien que la grève. Ceci étant dit, au bout de deux mois de grève, je comprends l’exaspération des médecins sur le terrain. Je dois dire aussi que certains patients acceptent, spontanément, de payer 20 euros une consultation, en disant : "vous les valez, docteur ; si la caisse ne vous les donne pas, moi, je vous les donne." C’est un phénomène tout à fait nouveau, qui mérite d’être signalé – et ça m’est arrivé pas plus tard que ce matin.

tf1.fr : Que pensez-vous de l’intervention ce week-end du président du Conseil national de l'Ordre des médecins, Bernard Hoerni, appelant les médecins à poursuivre les négociations avec la Cnam… et le gouvernement à jouer les arbitres ?

Dr Chassang : Le président du Conseil national de l'Ordre des médecins a exactement la même position que la nôtre : il en appelle au gouvernement ! Il faut que le gouvernement arrête de considérer qu’il n’a pas de rôle à jouer lorsque la condition des médecins généralistes est en jeu. Les trois quarts du dossier sont purement du ressort du gouvernement. Quelques exemples : la nomenclature est du ressort du gouvernement. La réforme des visites à domicile, aussi ; et de même pour la qualité de vie, les conditions et les horaires de travail, la répartition sur le territoire en fonction de la démographie, la permanence des soins, les problèmes de sécurité… Face à cela, les caisses d’assurance-maladie peuvent uniquement revaloriser la consultation, dans la limite de leurs moyens – et leurs moyens, justement, sont limités…

tf1.fr : Quel geste minimal du gouvernement attendez-vous pour accepter de négocier ?

Dr Chassang : Déjà, il faudrait qu’Elisabeth Guigou nous reçoive ! Vous rendez-vous compte que le gouvernement n’a, jusqu’à présent, même pas reçu les syndicats majoritaires dans ce conflit ? Que le gouvernement nous écoute !

Les dentistes menacent de ne plus arracher les dents

L'Union des jeunes chirurgiens-dentistes (UCJD) appelle à la grève des extractions de dents à partir du 1er février. Une geste symbolique qui risque d'être durement ressenti par les patients. Ce syndicat proteste contre le blocage par le gouvernement de la réforme des soins. Le premier syndicat de dentistes, la CNSD (Confédération nationale des syndicats dentaires) menace lui d'appliquer unilatéralement les accords sur la revalorisation de certains actes. Le blocage des propositions de réformes essentiellement dû à leur coût évalué entre 0,6 et 1,5 milliar d'euros)


Dans un communiqué publié lundi, l'Unof réclame "un geste d'apaisement immédiat : une hausse généralisée des honoraires de base (consultation à 20 euros et visite à 30 euros) afin d'ouvrir ensuite la voie vers une réforme en profondeur du métier de médecin de famille par une remise à plat complète du système". Selon l'Unof, les propositions présentées jeudi dernier par les Caisses d'assurance maladie "sont totalement insuffisantes": "les Caisses proposent un 'contrat de progrès' pour la médecine générale de 3 ans d'un montant de 600 millions d'euros, soit 200 millions d'euros par an, alors que les exigences budgétaires de l'Unof pour les seuls honoraires s'élèvent à plus de deux fois ce montant".

MG-France, autre syndicat de généralistes, a pour sa part confirmé vendredi sa présence à la seconde réunion de négociations, mardi (14h00) avec le directeur de la Cnam, Jean-Marie Spaeth.

Photo d'ouverture : le docteur Michel Chassang - DR

Propos recueillis

Par Franck LEFEBVRE le 15 janvier 2002 à 15:34
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