© INTERNEVingt et un mille salariés "jetés sur le pavé", 49,8 milliards de dollars d'actifs, tout est démesuré dans la faillite du courtier en énergie Enron, qui est d'ores et déjà la plus importante de l'histoire des Etats-Unis. "C'est le Titanic " lance Peyton Feltus, un consultant en énergie de Dallas. Le naufrage spectaculaire d'Enron a surpris les employés et les actionnaires du groupe américain ; ils n'ont pas vu venir l'iceberg comptable qui a fracassé leur entreprise pourtant réputée invincible. "En réalité tout le monde voyait Enron à travers des lunettes roses et tout le monde a eu tort", ajoute l'analyste.
"Nous pensions que les affaires étaient très solides", se souvient Natalie Halich, 33 ans, ex-directrice au sein de la division Enron Broadband Services. "Apparemment, des actes pas très nets ont été commis et beaucoup de gens ont été victimes de fraude", ajoute-t-elle. Elle a perdu plus d'un demi-million de dollars dans la débâcle mais, à 33 ans, ne s'inquiète pas. "J'ai toute ma carrière devant moi. Je pense surtout aux personnes plus âgées, avec des charges de famille, une maison à rembourser, et qui ont tout perdu".
Autre scandale, certains employés ont droit à des primes énormes alors que d'autres n'ont perçu aucune indemnité. Selon le révérend Jackson, célèbre pasteur et politicien afro-américain, deux jours avant la déclaration de faillite, quelque 600 "traders" (courtiers) sur contrats dérivés ont reçu des bonus destinés à les inciter à rester au sein du groupe durant la phase de banqueroute, pour un montant total de 55 millions de dollars.
Manifestement, comme dans le cas du Titanic ce sont les passagers de troisième et seconde classe qui sont les plus nombreux à couler, et ce n'est pas le licenciement de deux vice-présidents annoncé jeudi soir qui consolera les salariés d'Enron.
Photo AFP : le révérend Jackson et des employé(e)s de Enron. New York / tribunal de commerce le 14 02 2002
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