Faillite Enron : petits comptes entre amis

Par Gérard RANSAY, le 06 février 2002 à 07h00 , mis à jour le 05 février 2002 à 20h32

L'affaire Enron qui était déjà la plus grande faillite de l'histoire américaine met également en exergue les méthodes comptables dites "créatives." L'objectif avoué : rendre les bilans plus attractifs aux yeux des investisseurs.

bush enron © INTERNE

Décidément la saga du groupe Enron est un scandale à tiroirs multiples. Après l'explosion médiatique qui a suivi la divulgation des liens financiers entre Enron et le président Bush, les américains ont appris que plusieurs commissions d'enquête chercheraient à faire éclater la vérité sur les pratiques de gestion sulfureuses d'Enron, star déchue des marchés. Seul "hic", mais de taille, la presse révèle alors que soixante et onze des cent élus du sénat ont bénéficié des largesses de l'entreprise texane.

Surprise également au niveau de la gestion, des méthodes sophistiquées sont utilisées par les comptables pour jongler avec les créances. Elles se regroupent sous un délicieux sobriquet : "le respect créatif des règlements". Le principe semble simple au premier abord : "il suffit que l'exercice de la société mère d'un groupe s'achève en décembre et celui de sa filiale en mars, pour que la société mère puisse placer ses dettes sur les comptes de sa filiale avant d'annoncer ses résultats au 31 décembre. Elle pourra ensuite les transférer sur ses propres comptes, avant de publier les résultats de sa filiale au 31 mars."Ce type de petit jeu d'écriture a permis à une poignée de dirigeants du courtier en énergie de s'enrichir tout en masquant près d'un milliard de dollars de pertes de septembre 2000 à septembre 2001.

Les investisseurs ne font plus confiance aux entreprises cotées

"On se demande
jusqu'où
cette affaire ira"

L'impact des affaires de ce type est dévastateur, et Harvey Pitt, président de la SEC, l'agence de surveillance et de réglementation des marchés le confirme : "la faillite du groupe de courtage en énergie Enron met en lumière des abus du système de comptabilité financière et de transparence aux Etats-Unis. Pire, il juge "tragique la débâcle d'Enron dans laquelle des investisseurs innocents ont été trompés."Face à l'amplitude de cette tempête boursière la SEC examine plusieurs initiatives pour améliorer le système actuel de transparence financière des entreprises ainsi que les réglementations des marchés boursiers.Cette situation inquiète énormément les professionnels de la finance, ainsi Mace Blicksilver, de Marblehead Asset Management, souligne qu'on ne peut plus se fier aux comptes. "Il ne s'agit pas seulement d'un mauvais trimestre ou de résultats non atteints, ce sont tous les rapports entre les cours et les bénéfices du marché qui sont réexaminés. On se demande jusqu'où cette affaire ira".

La vague de fond soulevée par cette gigantesque faillite menace donc à la fois un président américain en exercice, les marchés boursiers du monde entier et la totalité des cinq grands cabinets d'audit et de conseil, un scénario digne de Hollywood en somme.

Par Gérard RANSAY le 06 février 2002 à 07:00
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